2002, l'odyssée du MIDI ?

Entre les débuts du MIDI et l'état de nos séquenceurs actuels, un grand changement s'est opéré. L'audio, autrefois seulement réservé aux instruments ou machines hardware, s'est introduit dans la moindre de nos applications musicales, et non seulement y occupe une place de premier plan, mais aussi atteint des niveaux de performances surprenants. Alors que la musique assistée par ordinateur ne pouvait auparavant se passer du MIDI, le fameux standard de communication est-il devenu aujourd'hui un simple complément de l'audio, ou même inutile, ou reste-t-il toujours nécessaire pour créer ou jouer de la musique ? Alors, l'année 2002 sonnera-t-elle la fin du MIDI ?

La révolution du MIDI

Il n'y a pas si longtemps, à l'évocation des termes musique et ordinateur était uniquement associé celui de MIDI. Depuis le début des années 80, le MIDI règne en maître pour qui veut faire de la 'musique informatique'.

Pour travailler en MIDI, il faut un ordinateur et un séquenceur logiciel (ou bien un séquenceur hardware), un clavier de commande, et un instrument électronique compatible (mais lequel ne l'est pas ?). Les différents éléments sont reliés par des câbles MIDI, et peuvent alors communiquer, c'est à dire envoyer et recevoir des informations.

Dès ses débuts, ce dispositif laissait entrevoir des possibilités jusque là inimaginables, et surtout, dans un premier temps, une nouvelle philosophie de création musicale. Grâce au séquenceur, tout ce qui était joué pouvait être modifié à volonté par la suite, jusque dans les moindres détails, en appliquant les principes standards de l'informatique : couper, copier, coller, déplacer temporellement ou en hauteur. Le traitement de textes du musicien était né ! Et puis un tempo de départ trop lent ou trop rapide pouvait toujours être modifié jusqu'à la finalisation du morceau ! Mais le MIDI permettait aussi la modification des sons des expandeurs depuis le séquenceur, le pilotage de tous matériels munis de la prise à 5 broches, mêmes non musicaux… A ce moment, pour le musicien, une véritable révolution s'est produite !

Désillusions…

En réalité, cette liste de fonctions plus attrayantes les unes que les autres, n'est pas sans contrepartie... Passé le cap du choix des matériels, on est confronté à l'installation et à la mise en route de son système, tâche plutôt complexe ! En plus d'être musicien, on a intérêt à bien savoir se servir d'un ordinateur, connaître son Système (l'OS), le MIDI, son séquenceur, et le raccordement des différents éléments, par des câbles MIDI et audio.

Après une période d'apprentissage plus ou moins longue, pendant laquelle on va passer plus de temps à configurer son installation qu'à faire de la musique, un jour donc, enfin, en principe les résultats sont là ! Le séquenceur rejoue ce qu'on a entré avec le clavier de commande. Hum ! Ce n'est peut-être pas vraiment en place… Notre musicien n'a pas une formation de pianiste, et le métronome ne parvient désespérément pas à jouer en mesure avec lui ! Et en quantifiant, le résultat s'avère même pire que l'original…

Ses parties de batterie, de basse…? Pas à la hauteur de ses espérances non plus... Pour leur donner un air de vérité, il faudrait apprendre les techniques de jeu de chacun des instruments que l'on souhaite simuler en MIDI. Comment par exemple traduire le feeling d'un batteur par des valeurs de vélocité correctes à partir d'un clavier ? Et en utilisant certains contrôleurs et les sysex, comment donner un semblant de vie aux sons ? Pour faire sonner correctement ses séquences midi, un travail laborieux est forcément nécessaire.

Par contre, grâce au format “Standard MIDI File”, que les séquenceurs reconnaissent tous, on peut travailler facilement ses compositions avec des collègues musiciens, même s'ils sont équipés d'un matériel différent du sien, pourvu que les modules de sons soient au format GM. L'échange des fichiers MIDI se fait par l'Internet ou sur disquette. De plus Rocket Networks offre d'intéressantes possibilités de collaboration sur le Web, entre musiciens programmeurs. Sans parler des fichiers MIDI (dont certains sont excellents) des tubes les plus populaires, vendus en ligne, excellents supports pédagogiques, en plus de leur possibilité de servir en mode Karaoké.

Et l'audio entre en jeu !

Comme nous le disions précédemment, la puissance des ordinateurs actuels a permis l'intégration de l'audio dans les séquenceurs. Par exemple, au lieu de fabriquer en MIDI de toutes pièces une rythmique sur une ou plusieurs mesures répétables à volonté, il est facile d'importer directement dans le séquenceur de telles structures toutes faites, en audio. C'est ce que l'on appelle les boucles (ou loops), fichiers au format .wav ou AIFF, qui sont même devenus l'un des ingrédients majeurs du style musical dominant en variété, dance et techno.

Ces loops sont issues du jeu de musiciens sur leur instrument (batterie, basse, guitare…), enregistré par des micros, ou même créées par programmation sur des séquenceurs. La plupart du temps, ce travail est réalisé par d'excellents musiciens, capables de créer des ' grooves ' des ' tourneries ' rythmiques directement utilisables dans des compositions. Et les résultats sont souvent si convaincants, qu'on peut se demander pourquoi se compliquer la vie à utiliser le MIDI pour ce genre de travail ! D'autant plus qu'un certain type de musique est même basé sur l'assemblage structuré de ces loops, telles les briques d'un Lego, ponctuées d'effets sonores ou de variantes diverses. On peut à volonté éditer, les copier, les coller…

Certains logiciels, tels Acid de Sonic Foundry, Groovemaker d'IK Multimedia, Phrazer de Bitheadz, FruityLoops, ou le récent et excellent Live d'Ableton sont même d'emblée basés sur cette technique, où le MIDI est franchement relégué au second plan…

Le concept est vraiment abouti, avec une adaptation automatique des boucles au tempo de travail, de même qu'une transposition, le tout quasiment instantanément ! Ajoutons à cela, la possibilité de superposer une partie live, voix ou instrument, de mixer le tout en interne avec divers effets intégrés, et on dispose là d'une méthode complète de production musicale tout à fait viable dans un certain contexte. Surtout qu'en fin de mix, la création directe d'un fichier stéréo permet la gravure d'un CD.

A cela, on peut ajouter que l'on commence à assister à l'arriver de logiciels capables de transposer l'audio pratiquement sans limites ou de rallonger la durée des notes à volonté, de modifier le vibrato, des domaines précédemment uniquement réservés au MIDI. Ceux qui ont essayé Melodyne de Celemony partageront certainement cet avis.

A terme, se profile même la possibilité d'appliquer des valeurs Aftertouch ou de Vélocité directement sur des samples audio, grâce à la resynthèse, dont on commence à voir des réalisations significatives, telles le Neuron d'Hartmann.

MIDI et création

Cependant, cette méthode ne peut pas entièrement satisfaire le musicien créateur. En effet, par cette démarche de composition, le sens musical prend le pas sur la création musicale elle même.

Alors, que faire ? Utiliser le MIDI, sachant la difficulté de mise en œuvre et le résultat final ne sont pas toujours au rendez-vous ? Ou bien simplement assembler des échantillons, en acceptant une part de frustration due à l'utilisation de parties musicales crées et jouées par d'autres musiciens ? Sans parler du risque de tomber dans les lieux communs des idées musicales du moment…

L'idéal est peut-être dans l'utilisation conjointe des deux techniques. D'ailleurs, les séquenceurs actuels sont capables de gérer l'audio et le MIDI, de façon toujours plus similaire. Les fonctions d'édition peuvent même s'opérer simultanément sur les deux types d'événements. Et on peut même dire que l'édition de l'audio – quantification, transposition, changement de tempo - a tendance à se rapprocher sérieusement de l'édition MIDI.

En fonction du style de musique que l'on crée, il n'est pas toujours indispensable de tout réinventer. De plus, l'inspiration musicale est parfois davantage stimulée si elle est soutenue par des éléments musicaux bien tournés et développés par des spécialistes.

Une boucle de batterie prête à l'emploi et adaptée au style, y compris avec un son pré-traité, sera par exemple la bienvenue. D'autant plus que les fichiers audio rythmiques font partie de ceux dont le tempo peut-être assez facilement modifié. Le temps gagné en les utilisant directement sans chercher à les fabriquer soi-même sera mieux employé pour d'autres tâches plus créatives. D'autant plus que depuis quelque temps, les outils internes aux séquenceurs ou indépendants comme Recycle, sont devenus courants et facilitent largement ce travail. Un standard, le REX (pour Recycle EXport), aujourd'hui en version 2, a même été lancé par Propellerhead et adopté dans nombre de logiciels, à commencer par Reason, bien sûr, mais aussi Cubase, Halion, et maintenant chez Emagic Logic Audio 5 et l'EXS24. Les fichiers REX sont pré-traités de manière à pouvoir varier leur tempo sans créer de défauts audibles, et en conservant la structure rythmique. On trouve même de plus en plus de banques de fichiers REX, sur CD-ROM ou sur le net.

Il n'en reste pas moins que le MIDI trouve quant à lui son intérêt principalement dans sa souplesse de travail, tout de même encore très supérieure. Même si sa maîtrise n'est pas immédiate et demande de longues heures de recherche et d'apprentissage, ses possibilités restent très étendues. Quoi de plus simple que de modifier une note dans l'un des accords d'une piste MIDI, d'un clic de souris ? Que cela soit sa vélocité, sa hauteur ou bien même sa durée. Quel confort que de pouvoir changer après coup le son de la piste, ou encore de la transposer de plusieurs octaves sans altération du timbre (chose encore pas si évidente en audio).

Alors, audio, ou MIDI ?

De nombreux exemples pourraient être cités, et les possibilités qu'offre la combinaison MIDI/audio sont considérables. L'évolution de la puissance de nos ordinateurs nous permet aujourd'hui de concilier le meilleur des deux mondes. Et même si les possibilités de travail sur l'audio évoluent à grande vitesse, le MIDI reste encore pour le moment un outil très précieux dans le processus de création musicale.

Jean-Paul Jansen

Professeur d'Informatique Musicale
Conservatoire National de Région de St Denis – La Réunion