Gravure des CD audio :
l'erreur n'est pas seulement humaine…

La lecture d'un disque compact est une opération périlleuse. Imaginez la difficulté, pour le faisceau laser, de suivre sans dérailler le minuscule sillon en spirale pas plus large qu'un cheveu - l'espace entre spires est d'1,6 microns, ou millièmes de millimètre -, et d'y lire les informations binaires matérialisées par de microscopiques 'cuvettes' dont les plus courtes ne mesurent que 0,83 microns. Un miracle de technologie ! Pour corser la difficulté, un certain nombre d'erreurs (informations absentes) se glissent que ce soit à la gravure d'un CD-R, à cause de l'imprécision du processus et des éventuels défauts de la couche de matière sensible, ou même au pressage. Malheureusement, ce phénomène est inévitable...

L'imparfait du CD

Pour que ces erreurs puissent être corrigées au moment de la lecture par une simple platine, les concepteurs du disque compact ont mis au point des systèmes de détection/correction, très complexes, basés sur la redondance et l'interpolation. Schématiquement, sur un CD, des informations sont ajoutées par un codage spécial, ce qui permet au lecteur de savoir quand des erreurs se sont glissées, et d'y remédier. Lorsque cela s'avère impossible et que des trous d'informations se produisent, le lecteur tente de remplir les blancs par interpolation (moyenne des échantillons précédents et suivants). Enfin, si les erreurs sont telles que même l'interpolation s'avère impuissante, la lecture s'interrompt purement et simplement à cet endroit et passe à la suite après une brève coupure.

Pair ou impair ?

L'un des principes utilisés pour la détection et la correction des erreurs est la parité. Des infos rajoutées au moment de la gravure pour pouvoir vérifier l'intégrité des infos relues par la suite. Expliquons nous :

Imaginons qu'on doive inscrire sur notre disque une valeur (l'un des samples en 16 bits 44,1 kHz) représentée par 1101 0000. On analyse le nombre de uns à l'intérieur de ce nombre. S'il est impair, comme ici, on inscrit un bit de parité supplémentaire, pour que le total de uns soit pair. Notre nombre devient donc : 1101 0000 1. Si au départ on avait eu un 1001 0000, le bit de parité serait 0 et le nombre complet serait 1001 0000 0.

Pour faire court, disons que ce système permet de savoir, lors de la relecture, où se sont glissées des erreurs, et y remédier.

Entrelacement

Enfin, pour faciliter la détection des erreurs, on pratique l'entrelacement des données. C'est à dire qu'au lieu de mettre à la suite les uns des autres les codes qui représentent l'audio, on les sépare pour les répartir sur différents endroits du CD. De cette manière, quand un défaut du disque supprime toute une partie des données, puisque celles-ci sont splittées, elles se récupèrent plus facilement, même s'il en manque quelques morceaux.

L'association de ces techniques de codage (parité et entrelacement), permet en théorie de détecter et corriger une succession de 4 000 bits effacés, soit un défaut de 2,47 mm de long sur le sillon. Quand le problème n'est pas résolu, il reste donc l'interpolation, qui peut corriger jusqu'à 13 700 défauts physiques, soit une longueur abîmée de 8,5 mm !

Précisons ici que les platines CD sont plus ou moins performantes dans la correction des erreurs. Cela dépend à la fois de leur DSP et de la précision du couplage électromécanique et optique qui constitue le système de tracking du sillon. Ceci explique en partie la différence de prix d'un modèle à l'autre. Evidemment, l'empoussiérage du système laser/lentille optique du lecteur peut lui aussi jouer un rôle.

Examen de passage

Dans les usines de pressage, des appareils permettent d'analyser les erreurs sur un disque compact, d'abord celles du CD master (si c'est le support fourni), puis par prélèvements lors du pressage, pour vérifier la qualité de la fabrication. Ces analyseurs indiquent le nombre d'erreurs par seconde (BLER, pour Block Error Rate, sachant qu'un chiffre de quelques dizaines correspond à une bonne qualité), ainsi que celles qui consistent en une série telle qu'elle dépasse le seuil au delà duquel une platine CD n'est plus en mesure de les corriger. Baptisées E32, ces dernières donneront peut-être lieu au rejet de votre CD-R par l'usine si le CD en comporte trop !

En tout cas, il est très important de signaler ici qu'un taux d'erreurs BLER élevé sur un CD, même s'il ne compromet pas obligatoirement sa lecture, peut intoduire une distorsion tout à fait audible. Numérique n'est pas obligatoirement synonyme de perfection...

De meilleures gravures

Avec un graveur, plusieurs précautions sont à prendre pour minimiser les erreurs. D'une part, les CD vierges n'étant pas tous faits de la même façon, on utilisera de préférence les supports préconisés par le fabricant du graveur.

D'autre part, même si les avis sont quelque peu partagés à ce sujet, il semble utile de graver l'audio à double vitesse, voire quadruple, plutôt qu'en simple vitesse. Pour une fois, ce qui se fait lentement est moins bon que ce qui se fait plus vite ! En effet, le phénomène gyroscopique de la rotation à plus grande vitesse permet d'assurer une meilleure stabilité au CD. On comprend facilement en observant une toupie : plus elle tourne vite, plus son mouvement est régulier.

Par ailleurs, la puissance du laser est supérieure pour graver à vitesse plus rapide, donc les empreintes plus nettes. Cependant, n'oublions pas cependant que pour celà, seuls les disques certifiés compatibles avec les vitesses choisies doivent être utilisés. Pourtant certains recommandent de graver les CD masters à vitesse 1x. Nous nous sommes quant à nous orientés vers une solution intermédiaire, le 2x qui en principe donne d'excellents résultats. Les gravures en 8x ou plus sont en principe à éviter. Et après tout, un travail qui a nécessité des heures, des jours et même des semaines, mérite bien qu'on prenne le temps de le graver…

N'oublions pas que la qualité du CD vierge est déterminante. Les marques recommandées par le fabricant du graveur sont à préférer. Même si d'autres CD paraissent donner les mêmes résultats, des problèmes de relecture peuvent très bien se manifester. En fait, il semble que certaines combinaisons graveur/CD-R fonctionnement mieux que d'autres. Concernant l'audio, il a été signalé que la compatibilité de lecture serait meilleure avec les CD de type ' Silver ' vert clair, qui ont une réflectivité la plus proche de celle des CD pressés en usine.

Par ailleurs, il est utile de savoir que tous les graveurs ne sont pas nés égaux, et que certains sont meilleurs que d'autres dans leur qualité de gravure. Enfin, cela va sans dire, on évitera poussière, fumée de cigarettes et traces de doigts, sur la surface sensible.

Michel Geiss