Bien débuter en MAO


L'ordinateur au service des musiciens n'est plus un concept novateur. Il y a les puristes qui ne conçoivent pas l'idée de réaliser une œuvre sans la participation de leur machine et les autres qui, depuis toujours, ont considéré ce 'tas de puces électroniques' comme un engin anti-création. Quoi qu'il en soit, il est difficile de nos jours d'outrepasser cet élément de la chaîne musicale. Effectuons une vue d'ensemble pour bien démarrer dans le monde de la MAO...


Au début des années 80, avec l'explosition et la démocratisation de l'informatique, les ordinateurs ont commencé à envahir les foyers de la planète. Lorsque quelques années plus tard, la norme MIDI fut mise au point, il devint possible de relier les instruments de musique avec les ordinateurs.

C'est ce que comprit bien vite la firme Atari en intégrant d'origine dans ses modèles de computers, une entrée et une sortie MIDI. Pour ne pas rester sur le carreau devant une telle prédominance, les autres constructeurs se sont également lancés dans la course à l'informatique musicale. A l'heure actuelle, on distingue trois systèmes susceptibles d'apporter aux musiciens les outils nécessaires à la création musicale.

Atari ?

Pour ceux qui possèdent un budget vraiment restreint et qui veulent faire leurs premières armes sur une machine simple d'utilisation, encore performante et possédant une bibliothèque de programmes assez impressionnante, l'Atari est un bon choix. Certes, on compte désormais les développeurs de programmes pour cette machine sur le bout des doigts, mais pour environ 130€ (ordinateur + écran), vous obtenez un 520 STF ou 1040 STF, appareils dotés de prises MIDI, d'un lecteur de disquettes et d'un processeur suffisamment rapide pour faire tourner des applications MIDI. En déboursant un peu plus, vous pouvez toujours investir dans un Falcon qui fournira un disque dur intégré et une vitesse plus importante.

Même si les utilisateurs d'Atari sont dorénavant rares, il n'en demeure pas moins que, d'une part, cette machine reste un standard pour débuter et que, d'autre part, l'usure du temps n'affecte en rien l'admiration que lui portent ses utilisateurs. N'oublions pas que Notator, Logic et Cubase ont vu le jour sur cette plateforme et qu'il est possible de trouver encore ces programmes d'occasion. Certes, ce sont de vieilles versions par rapport à Cubase SX ou Logic Audio 5, mais pour faire ses classes, c'est l'idéal !

Macintosh ou PC ?

Si l'on reste dans une perspective d'inconditionnels d'une marque, il est nécessaire d'évoquer le Macintosh : seule alternative à la dictature Wintel ! Bien que le constructeur à la pomme oscille entre une part de marché de 3 à 6 % suivant les estimations et les périodes, force est de constater que, d'une part, le catalogue de logiciels est bien fourni (séquenceurs MIDI/audio, plug-ins, traitement du son, shareware & freeware, éducatifs, etc.) et que, d'autre part, de nombreux professionnels ont adopté ce système pour travailler (stations Pro Tools entre autres...).

A son actif, il faut lui reconnaître une souplesse d'utilisation due à une interface on ne peut plus conviviale et à une facilité de branchements d'extensions (cartes, disque dur, scan, imprimante, etc.). Le seul point qui a toujours fait de l'ombre à la firme de Cupertino, c'est le prix de vente des machines, bien souvent plus élevé que ses homologues PC. Cependant, nul besoin d'investir dans le dernier G4 1 GHz. Un bon PowerPC peut très bien faire l'affaire, équipé de ports PCI. D'autant que d'occasion, on peut tomber sur des prix très intéressants, voire même des G3 (version beige ou bleu/blanc).

Enfin, il reste le choix d'un ordinateur compatible PC. Vaste, très vaste bibliothèque logiciels (à tous les niveaux) et depuis quelques années, une forte incursion dans le domaine musical. Tous les logiciels phares existant sur Macintosh ont été portés sur PC, avec d'autres bien spécifiques comme Cakewalk, Samplitude ou SoundForge. Une pléthore de cartes son et Direct-to-Disk ont vu leur apparition (Turtle Beach, Digidesign, Maxisound, Yamaha, SEK'D...), tandis que les interfaces MIDI pullulent (Altech, Midiman, Opcode...).

Le PC est bien évidemment le standard le plus utilisé en informatique et, à ce titre, permet d'obtenir rapidement et facilement les outils nécessaires à la création sonore. Toutefois, son apprentissage et sa configuration peuvent rebuter encore certains, même si le Plug'n'Play améliore considérablement les choses.

Le choix d'un logiciel

Une fois votre ordinateur installé et connecté à votre interface MIDI, elle-même dispatchée vers votre cheptel d'instruments, il manque le moteur essentiel : le logiciel. C'est grâce à lui que vous allez pouvoir enregistrer, éditer, modifier ou imprimer des partitions. Il en existe de tous les styles et pour tous les budgets.

L'essentiel étant bien sûr le séquenceur MIDI/audio permettant l'enregistrement de pistes MIDI ainsi qu'un nombre de pistes audio dépendant de la carte son installée dans votre ordinateur et de la puissance de ce dernier. Les références en la matière sont Cakewalk (PC), Logic Audio PC/Mac), Cubase VST (PC/Mac) et Digital Performer (Mac). Suivant les versions de ces logiciels, comptez entre 160€ pour l'entrée de gamme et 760€ pour 'l'usine qui fait tout'. Si vous souhaitez opter pour un soft qui n'est plus au catalogue (pour Atari par exemple), orientez-vous alors vers un Pro24, Creator/Notator ou Cubase… Vous pourrez en trouver dans des boutiques d'occasion musique ou bien dans des magasins spécialisés.

Vous pouvez aussi investir dans un logiciel pour démarrer en douceur l'apprentissage de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur). Emagic propose une version 'light' de Logic Audio : MicroLogic AV (PC et Mac), pour moins de 152€. Il en va de même pour Steinberg avec son Cubasis VST. Enfin, dans une autre catégorie, on trouve les logiciels d'arrangement qui permettent de créer des accompagnements automatiques en fonction d'une grille d'accord ou d'une base mélodique. Citons Band in the Box 11 (PC/Mac et vieilles versions pour Atari), Big Boss 2001 (PC) et Jammer (PC). D'un bon rapport qualité/prix, ils deviennent un complément fort intéressant pour un séquenceur MIDI/audio, tout comme ils peuvent avoir des vertus pédagogiques pour la compréhension de l'arrangement et des accompagnements.

De l'audio sur ordinateur

En marge des séquenceurs audio et des logiciels de retouche sonore (Bias, WaveLab, Sound Forge, Cool Edit Pro…) s'est développé le marché des plug-ins. Les plug-ins sont des petits programmes qui 's'insèrent' à l'intérieur d'autres programmes phares (style Cubase, Logic, WaveLab…) pour apporter des fonctionnalités supplémentaires, comme ajouter des effets (réverbe, distorsion, délai, etc.) ou offrir des modules de sons (synthétiseurs virtuels comme l'ES2 d'Emagic ou sampleurs virtuels comme HALion de Steinberg).

Plusieurs sociétés présentent un catalogue de ces outils de plus en plus indispensables et de qualité hallucinante. Steinberg, par exemple, propose LM4, un module de sons de percussions. De son côté, Native Instruments sort le FM7, un synthé virtuel reprenant le concept du Yamaha DX7. Tout comme Waves qui avec son 'Platinum Bundle', permet de transformer tout logiciel compatible (Cubase, Pro Tools, Logic…) en véritable usine à effets.

Au prix du papyrus

N'oublions pas les amoureux des belles partitions et Dieu sait si, dorénavent, on peut en créer avec simplement un ordinateur, un logiciel dédié et une imprimante laser. Question logiciel, vous pouvez toujours vous servir de l'éditeur de partition de votre séquenceur traditionnel (Cubase dont la version Score est orientée partitions, Logic Audio, Cakewalk…), mais certains programmes sont spécialement orientés comme Finale (Mac/PC), Rhapsodie (Mac/PC) ou Encore (Mac/PC) et pour la retouche de partitions scannées, il existe MIDIscan (PC). Les prix de ces logiciels s'échelonnent entre 200 et 700€.

Un peu de pédago

> Pour conclure, un petit aperçu des logiciels éducatifs, qui permettront aux débutants d'appréhender aussi bien l'aspect musical traditionnel, à savoir le solfège, que le côté technique de l'informatique en utilisant un ordinateur. Là aussi, plusieurs produits sont parfaitement adaptés. Crescendo (PC) de la société Everest est un pur logiciel d'apprentissage du solfège, pour un prix d'environ 100€. Enfin, si vous souhaitez vous perfectionner dans la lecture de différentes clés et dans les intervalles, optez pour Solfé'Art (PC) qui, pour 53€, comblera l'apprenti musicien.

En conclusion

Comme vous avez pu le constater, l'informatique musicale couvre un domaine assez vaste qui va de l'aspect pédagogique de base à la retouche sonore pointue. Quoiqu'il en soit, il faut bien se dire que tout le monde débute un jour ou l'autre et qu'à un moment doné, il faut se lancer, le tout étant de bien cerner au départ ses véritables priorités et envies, sans avoir les yeux plus grands que le ventre.

Ce qui revient à dire, dans un exemple concret, qu'il n'est peut-être pas indispensable d'investir dans un Macintosh G4 bi-processeur avec Pro Tools, 200 Go de disque dur, dix synthés, 15 expandeurs et 20 briques de logiciels, si vous souhaitez écouter des séquences MIDI !

Bien évidemment, le budget conditionne les achats (et je sais de quoi je parle…), mais il faut savoir investir dans le bon produit correspondant à vos besoins réels. Discutez-en autour de vous avec d'autres utilisateurs, lisez Musicrun pour obtenir les informations utiles et allez essayer sur place les machines dans les magasins.

Ludovic Gombert