Autoproduire son Disque


Si le contexte actuel fait qu'il est très difficile de signer dans une major et que les labels indépendants ne peuvent subvenir à toutes les demandes émanant d'artistes, une solution s'offre à celui qui souhaite voir concrétiser la réalisation d'un album : l'autoproduction.


L'autoproduction ne doit pas s'envisager à la légère. C'est une réalisation de longue haleine, parfois semée d'embûches et qui demande une dose importante de patience et de connaissances. Certes, voila une entrée en matière qui risque fort de ralentir la motivation de certains d'entre vous. Pourtant, c'est une étape qui peut apporter un plus à votre vie d'artiste, pour peu que vous soyez un tantinet prudent, ordonné et n'ayez pas peur de passer beaucoup de temps dessus.

En premier lieu, il est important de définir le besoin réel de s'autoproduire : est-ce parce qu'il ne reste plus que cette solution (aucune maison de production ne vous accepte) ? Est-ce un choix délibéré pour conserver une indépendance ? Toujours est-il qu'avant de foncer, il est préférable d'accumuler un maximum d'informations, tant sur le plan juridique que technique, pour ne pas tomber dans les pièges et faire face à toute éventualité.

Cela dit, relativisons les choses, de plus en plus d'artistes choisissent cette voie et s'en sortent avec les honneurs. Il est vrai qu'avec la technologie actuelle, ouverte au plus grand nombre et accessible même à des budgets serrés, le particulier accède à une qualité d'enregistrement très correcte qui lui permet d'obtenir un produit fini capable d'avoir sa place dans le circuit de distribution traditionnel.

Une structure de travail

L'autoproduction en elle-même ne possède pas de statuts, ni de structure propre. Elle n'est pas reconnue par la loi et à ce titre, pour ne pas vous marginaliser et vous retrouver en infraction, il est nécessaire de se prémunir au départ, juridiquement et administrativement. Cela bien sûr dans le cas unique où vous souhaitez exploiter financièrement votre album. Si vous optez pour l'autoproduction dans un but non lucratif, simplement pour obtenir une 'carte de visite' sonore et distribuer vos disques gratuitement, il n'y a pas de problème.

En revanche, dans le cas contraire, vous serez confronté au problème de facturation et de TVA. Pour cela, il n'existe pas des dizaines de solutions. La plus compliquée consiste en la création d'une petite société (SARL, EURL…), dont la structure est onéreuse et difficile à gérer pour un non initié (sans parler de la perte de temps). La deuxième consiste en l'établissement d'une association (loi de 1901) dont la structure est plus souple et s'adapte au mieux dans le cadre d'une autoproduction. Pour ce faire, adressez-vous à la Chambre de Commerce de votre région et compulsez quelques ouvrages traitant des associations ou faites-vous aider par quelqu'un de compétent en la matière.

Quel support choisir ?

Avant de partir à l'assaut de la gloire, il vous faut au préalable définir le type de support approprié, c'est à dire choisir entre un album CD, un CD Single ou bien un disque vinyle. Les tarifs pour le pressage et la fabrication seront différents et la cible visée également. Il est évident qu'un CD aura plus d'impact au niveau vente qu'un vinyle, qui lui, peut toucher plus le milieu discothèque et DJ, notamment dans des genres comme le rap ou la techno.

Par ailleurs, il est nécessaire de déterminer le nombre d'exemplaires à presser, sachant qu'en règle générale, un minimum est souvent demandé : entre 300 et 500 pièces. Ce choix dépendra essentiellement de votre budget. Notez au passage qu'il n'est pas nécessaire dès la première fois de viser haut et de presser par exemple 10 000 exemplaires de votre galette ! Vous ne connaissez pas à l'avance les réactions du public et risquez de vous retrouver avec des piles de cartons entreposées dans votre baignoire. Faites un test, observez comment tout se déroule et si besoin, faites represser des nouveaux disques si vous vous retrouvez en rupture. Mieux vaut être prudent.

Budget et enregistrement

La phase la plus importante de démarrage consiste en l'élaboration d'un budget initial. C'est lui qui va orienter votre autoproduction car il est évident que plus votre budget sera important et plus vous aurez de chances d'obtenir un résultat proche de vos espérances et de qualité. Ceci étant, ce n'est pas parce que l'on engloutit une fortune dans la réalisation d'un album que celui-ci sera forcément un chef d'œuvre (nous ne citerons pas de titres récents... pour ne pas faire de peine à quelques artistes).

L'argent est un allié précieux mais pas pour autant un facteur de jackpot ; seules la création et l'imagination sont les atouts de la réussite (avec un peu de piston aussi, parfois). En premier lieu, établissez un budget prévisionnel qui englobera tous les coûts de réalisation de votre disque, en prévoyant les séances d'enregistrement (location d'un studio ou utilisation de son home studio), la location de matériel, les frais de déplacement, d'hébergement et de nourriture.

Mastering et pressage

Une fois l'enregistrement terminé, il vous faudra passer à l'étape de mastering : copie de vos titres dans l'ordre sur une bande numérique pour donner au presseur. Ceci vous coûtera entre 230€ et 350€. Pour l'usine de pressage de disques, faites un tour d'horizon en vous reportant à des ouvrages spécialisés dans lesquels vous trouverez les adresses (Guide de la musique, l'Officiel…).

Demandez les tarifs et n'hésitez pas à faire établir un devis. N'oubliez pas de comptabiliser les coûts annexes pour par exemple la création de la pochette de votre disque. Faites-vous appel à un graphiste, un photographe ? Avez-vous les droits d'utilisation des photos ? Devez-vous réaliser les films avant de les fournir à la société de pressage ? Autant de questions qui touchent le domaine juridique et financier.

En restant dans ce domaine, sachez qu'actuellement, le prix unitaire pour un CD (pour un pressage minimum) tourne aux alentours de 0,60€ HT, auquel viendra s'ajouter un tarif forfaitaire d'environ 300€ HT correspondant à ce que l'on appelle un 'glassmaster' (moule servant à la fabrication des CD), qui peut être gratuit lors d'un pressage en grande quantité.

SDRM

Cependant, avant d'entreprendre le pressage de vos disques, il est une étape importante et incontournable : la SDRM. Cette société gère le droit de reproduction des œuvres qui appartiennent au catalogue de la SACEM.

Autrement dit si vous faites partie de la SACEM ou si vous reprenez un morceau à son répertoire, il vous faudra payer des droits. Ces derniers sont calculés en fonction du nombre de titres sur le disque, de la durée, du nombre d'exemplaires pressés et du prix de vente du disque. Pour une meilleure compréhension par rapport aux droits, reportez-vous à l'article sur la SACEM.

Promotion et distribution

Autoproduire son disque

Autoproduire, certes, mais un peu d'autopromo ne fait jamais de mal non plus ! Véritable bible pour qui souhaite s'autoproduire, cet ouvrage décortique minutieusement toutes les différentes étapes d'un tel projet en apportant des réponses claires et précises, ainsi que des exemples. Tous les intervenants sont référencés, qu'il s'agisse de la SACEM et autres sociétés civiles, de l'étape du mastering - réalisée en collaboration avec Michel Geiss -, du budget, de l'obtention d'aides financières ou encore comment effectuer dans de bonnes conditions une promotion / distribution, en passant par des adresses utiles, des schémas et pleins d'autres choses... Depuis 1996, ce livre, devenu une référence en la matière, en est à sa troisième édition. 'Autoproduire son disque' de Ludovic Gombert et Aymeric Pichevin, aux éditions DIXIT/IRMA.
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Certainement l'une des étapes la plus importante de l'autoproduction, car sans publicité et sans distribution, vos disques resteraient sagement dans votre baignoire, déjà mentionnée plus haut (ou dans la douche pour ceux qui ne posséderaient pas cet accessoire).

Savoir effectuer une promotion, c'est savoir se vendre. Pour cela, il faut du temps (beaucoup de temps) et pas mal de culot. Vous devrez en premier lieu effectuer une sorte de petit publipostage très ciblé (radio, discothèques, télévision, festivals...) dans lequel vous enverrez votre disque avec un dossier de presse regroupant une courte biographie, discographie et quelques explications sur le disque. Si vous faites de la scène en parallèle, indiquez les dates de concerts ou de représentation. Soignez la présentation de votre envoi et n'hésitez pas à téléphoner aux personnes concernées pour savoir si le disque a bien été reçu et ce qu'ils en pensent. Le contact est primordial.

Enfin, il vous faudra vous occuper de la partie distribution. Celle-ci peut prendre plusieurs formes. Vous pouvez distribuer votre produit à la fin d'un concert. Prévoyez donc un stand ou une table avec quelqu'un pour gérer la vente des disques. Vous pourrez également en profiter pour utiliser une méthode assez répandue dans les pays anglo-saxons, la 'mailing-list'. Elle consiste à laisser un cahier à la fin de vos concerts dans lequel les spectateurs viendront laisser leurs coordonnées. Vous pourrez ainsi par la suite les contacter pour les tenir au courant de vos prochains concerts ou de la sortie d'un nouvel album.

Pourquoi ne pas utiliser le système de vente par correspondance ? Sinon, vous pouvez opter pour le dépôt vente, c'est à dire déposer vos disques chez un commerçant (disquaire, grande surface...) qui se chargera d'écouler la marchandise et vous reversera à date régulière une part de la vente (suivant des accords que vous aurez avec lui, sous forme d'un bon de dépôt).

Conclusion

L'autoproduction vous fait entrer de plain-pied dans tous les rouages d'un système qu'il faudra apprendre à maîtriser. Se lancer seul dans une telle aventure est difficile et toutes les aides sont forcément les bienvenues.

Toutefois, pour certaines étapes vous pouvez toujours passer le relais à quelqu'un d'autre, par exemple pour la distribution, en mettant votre disque sous licence. Quelle qu'en soit l'issue, vous tirerez toujours un plus de cette aventure et comme dit l'accroche du film Midnight Express : 'L'important est de ne jamais désespérer'.

Ludovic Gombert