Korg 01/W & 01/WFD

Les 01/W et 01/WFD de chez Korg, présentent
de nombreuses similitudes avec les séries
M et T. Une synthèse AI revue et corrigée
baptisée AI2, qui sans être révolutionnaire,
gagne en qualité et efficacité...
Fidèles au concept "Music Workstation",
les 01/W et 01/WFD regroupent générateur
de son, séquenceur et processeurs d'effets.
Au cours de cet article, nous parlerons d'une
manière générale du 01/W,
sachant que le 01/WFD (FD pour Floppy Disk) n'est
autre qu'une version avec lecteur de disquette.
Celui-ci est destiné à la sauvegarde
des sons, des séquences, mais aussi des
messages exclusifs reçus à la prise
MIDI-In.
La capacité du séquenceur du 01/WFD
est de 48 000 notes (mémoire volatile),
contre 7 000 notes pour celle du 01/W (mémoire
non volatile). Il vous en coûtera 2 900
€ TTC pour acquérir le premier de
ces deux modèles, et 3 480 € TTC pour
le second.
L'aspect extérieur
Physiquement, le 01/W ressemble étrangement
au M1. D'une étendue de cinq octaves, le
clavier est sensible à la vélocité
d'enfoncement et à l'aftertouch par canal
(avec huit courbes de réponses pour chacun
de ces deux paramètres). Les amateurs de
tempéraments exotiques apprécieront
la présence de gammes microtonales présélectionnées
et programmables.
Côté connectique, le panneau arrière
comporte quatre sorties polyphoniques, une prise
casque (il aurait été plus rationnel
de la placer à l'avant), trois prises MIDI,
ainsi que trois prises pour raccordement de pédales
(dont une pédale de sustain plus deux pédales
assignables à diverses tâches: start/stop
ou punch-in/out du séquenceur, volume,
incrément/décrément des programmes,
effect on/off, etc). Comparativement à
celui du M1, l'écran s'est singulièrement
agrandi: 64 x 240 points en lieu et place des
2 x 40 lignes de caractères. Par conséquent,
les manipulations s'en trouvent grandement facilitées
(représentation graphique des enveloppes,
des splits, visualisation du nom des sons par
groupes de dix, etc).
Tout un programme
Pour rappel, la synthèse AI, pour Advanced
Integrated, est de type soustractif (étages
d'oscillation, de filtrage et d'amplification).
A raison d'un ou deux par son (modes single et
double), les oscillateurs utilisent des formes
d'ondes échantillonnées et multiéchantillonnées
(instruments acoustiques, synthétiques,
percussions...).
Dans la terminologie AI, un son porte le nom de
programme. La polyphonie totale est de 32 oscillateurs,
c'est à dire de 16 voies en mode double
ou de 32 voies en mode single. Les 6 Mo de PCM
renferment 255 sonorités que viennent compléter
119 éléments de batterie et percussions.
De plus, un emplacement est prévu pour
enficher des cartes PCM (un "best of"
de la série T ainsi qu'une carte spéciale
piano sont sur le point d'être commercialisées).
Composés d'un maximum de 60 éléments,
considérés dans leur ensemble comme
un seul oscillateur, les drum kits sont au nombre
de quatre. L'accordage, le niveau, le panoramique
et le decay sont programmables pour chacun de
ces éléments.
Par ailleurs, la fonction "exclusive assign"
permet d'assigner n'importe quels éléments
à l'une des dix familles disponibles, les
éléments d'une même famille
se "mutant" les uns les autres. Par
exemple, pour simuler avec réalisme le
jeu de charley d'un batteur, il suffit de programmer
le charley fermé de manière à
ce qu'il coupe le charley ouvert. Par rapport
au M1, la qualité des échantillons
s'est améliorée, même si les
instruments acoustiques les plus délicats
à restituer (pianos, guitares...), sont
bouclés un peu court. Un problème
commun à tous les constructeurs, qui n'ont
pas l'air franchement décidés à
nous fournir des ROM de plusieurs dizaines de
méga (et pourtant, à lui seul, un
excellent piano droit occupe entre 4 et 8 Mo).
AI au carré
A quelques nuances près, le 01/W reprend
tous les paramètres du M1 (sur lesquels
nous ne reviendrons pas, puisqu'ils ont fait l'objet
d'une étude approfondie dans le numéro
14), pour offrir en prime quelques bonus. Le seul
malus concerne l'enveloppe de hauteur, qui, alors
que le M1 en possède une par oscillateur,
est ici commune aux deux. Le nombre de LFO passe
de un à trois, avec forme d'onde aléatoire
en sus et variation de la fréquence en
fonction de la hauteur de la note jouée.
Les deux premiers de ces LFO, incluant un réglage
de fade-in, sont affectés au pitch de chaque
oscillateur, et le troisième, à
la fréquence de coupure.
Le joystick, dont le déplacement est horizontal
et vertical, pilote de nombreux paramètres:
fréquence de coupure et pitch bend (vers
la gauche et vers la droite), intensité
et fréquence des deux LFO agissant sur
la hauteur (vers le haut), intensité du
LFO agissant sur le filtre (vers le bas), plus
un paramètre par effet (vers le haut ou
vers le bas), tel que la balance d'une réverb,
la durée d'un écho, la vitesse d'un
chorus, etc. Ce paramètre d'effet peut
être également contrôlé
par l'aftertouch, par une pédale, par l'enveloppe
d'amplitude, par le potentiomètre normalement
utilisé pour modifier les valeurs lors
de l'édition (value slider), etc.
Le LFO et le joystick, sans compter les nombreux
paramètres contrôlés par l'aftertouch,
la vélocité ou le numéro
de note, font du 01/W un synthétiseur capable
de produire des sonorités particulièrement
vivantes. Le tout est complété par
deux processeurs d'effets programmables, agissant
en série ou en parallèle. Parmi
les 47 effets, certains sont stéréo,
d'autres doubles (réverb à gauche,
délai à droite, etc).
Wave shapping
Sur le plan des formes d'ondes, deux nouveautés
viennent enrichir ce mode de synthèse:
l'emphasis et le wave shapping. L'emphasis ajoute
clarté et définition au son, en
accentuant les aigus, tandis que le wave shaping
modifie le contenu spectral d'un oscillateur,
qu'il module grâce à l'une des soixante
formes d'ondes réservées à
cet effet (selon un procédé qui
à l'écoute, semble proche de la
F.M.). Plus l'oscillateur est modulé (avec
sensibilité à la vélocité
et enveloppe à trois paramètres:
start level, decay time, sustain level), plus
le nombre de nouveaux harmoniques est élevé,
allant parfois jusqu'à provoquer une distorsion
du signal. Un moyen astucieux, bien qu'une certaine
pratique soit nécessaire pour en tirer
profit, de créer des sonorités plus
ou moins éloignées des échantillons
de base.
Simple mais efficace
Extrêmement pratique, le mode d'édition
simplifiée permet d'intervenir rapidement
en cours de jeu sur les paramètres suivants:
transposition par octave, intensité du
wave shapping, fréquence de coupure, intensité
de l'enveloppe de filtre, niveau des oscillateurs,
vitesse d'attaque des enveloppes d'amplitude,
vitesse de relâchement des enveloppes de
filtre et d'amplitude, balance des effets. La
valeur de chacun de ces paramètres est
représentée graphiquement par un
potentiomètre. En édition normale,
un double buffer autorise une comparaison entre
le son en cours de programmation et l'original.
Enfin, le fait de presser simultanément
les touches up/down restaure la valeur précédente
d'un paramètre individuel.
La combinaison gagnante
Le mode multitimbral, ou combinaison, regroupe
jusqu'à huit programmes. Chacun de ces
programmes est associé d'un réglage
de canal, de volume, de transposition, de désaccord,
de panoramique, et de filtrage de certaines catégories
de messages MIDI. Ces combinaisons, dont l'ergonomie
n'est pas étrangère au succès
des séries M et T, permettent d'élaborer
des splits et layers avec une grande souplesse.
En effet, chaque programme répond à
une zone de vélocité et à
une tessiture à définir. Ici, le
mode d'édition simplifiée agit sur
le volume et sur les numéros des programmes.
Notons que la mémoire RAM du 01/W contient
200 programmes et 200 combinaisons, et qu'une
carte RAM rajoute deux banques (chaque banque
renfermant soit 100 programmes plus 100 combinaisons,
soit 7.000 notes de séquences).
Le séquenceur
Le séquenceur seize pistes du 01/W, nettement
supérieur à celui du M1, comprend
10 songs et 100 patterns. Chacune des seize pistes
contrôle un programme interne, un générateur
de son externe, ou les deux à la fois.
Pour gagner de la place, on enregistrera sous
forme de patterns les passages censés se
répéter plusieurs fois à
l'identique, pour les appeler à partir
d'une piste quelconque aux endroits désirés.
Les modes d'enregistrement en temps réel
sont au nombre de cinq (overwrite, overdub, punch
in/out manuel et automatique, boucle), sans parler
du pas à pas. En plus des habituels messages
MIDI (les notes se quantifient pendant ou après
l'enregistrement), il est possible d'enregistrer
divers contrôleurs continus affectés
aux paramètres d'un programme: fréquence
de coupure du filtre, modulation dynamique des
effets par la molette, panoramique, etc.
Les changements de tempo et de mesure sont pris
en compte. La quantification après enregistrement
(y compris celle des messages autre que les notes,
destinée à en réduire la
densité), est paramétrable en attraction
(rapprochement de X% de la position idéale)
et en offset (pour quantification en avance ou
en retard de quelques tics). Outre les manipulations
propres à tout séquenceur (manipulations
de structure sur les mesures et pistes, manipulations
d'événements individuels), il existe
quelques fonctions relativement originales, comme
la modification de vélocité sur
un certain nombre de mesures en fonction de l'une
des six courbes disponibles (dont une aléatoire),
ou la possibilité de créer automatiquement
des événements (tempo, pitch bend,
aftertouch, control change 0 à 102), entre
deux positions à définir, de manière
à ce qu'ils évoluent progressivement
d'une valeur vers une autre (pour par exemple
faire passer le tempo en douceur de 120 à
180 entre la mesure X et la mesure Y).
Aussi étrange que cela puisse paraître,
la résolution du séquenceur est
à choisir pour chaque morceau entre une
résolution basse (48 à la noire)
et une résolution haute (96 à la
noire), sachant que la résolution basse
offre des types de mesure (time signature) que
la résolution haute n'offre pas. Autre
curiosité héritée du M1,
la vélocité, qui, bien que définie
sur 7 bits par la norme MIDI, se retrouve tronquée
sur 6 bits lors du stockage dans la mémoire
du séquenceur. Concrètement, au
lieu de 128 valeurs (0, 1, 2, 3... 127), nous
passons donc à 64 (0, 2, 4, 6... 126).
Pour conclure
Depuis 88, année de commercialisation du
M1, il semblerait que son concepteur, Athan Billias,
n'ait pas chômé. Même si sur
le papier, les caractéristiques techniques
de la synthèse AI2 n'ont rien de renversant
comparées à celles de la synthèse
AI, le résultat est tout à fait
convaincant à l'écoute. Les sonorités
sont plus pures, plus précises, plus diversifiées,
plus dynamiques...
En dehors des nouveaux paramètres d'édition
et du travail effectué sur les échantillons,
des modules tels que le filtre ou les processeurs
d'effets ont subi de nettes améliorations.
Si l'on ajoute à cela deux fois plus de
mémoire pour les programmes et combinaisons,
deux fois plus de voies de polyphonie et de pistes
de séquenceur, on ne peut qu'être
séduit par les nouveaux chefs de file de
la synthèse AI.
