Arturia Moog - Modular V

L'éditeur de logiciels musicaux français Arturia, nous livre son tout premier véritable émulateur de synthétiseur analogique, le Moog Modular V. A l'annonce de la parution de ce nouveau synthétiseur virtuel, les prétentions d'Arturia paraissaient démesurées, ou pour le moins, extrêmement ambitieuses. En effet, cette équipe de développeurs voit grand et détourne sans complexe ce que bon nombre de synthésistes professionnels considèrent comme le vaisseau Amiral de la flotte des innombrables générateurs de sons du siècle dernier. Arturia, en quête de crédibilité, bouscule tout sur son passage, et non content de cloner l'ancêtre, l'éditeur grenoblois tente d'insuffler la vie au Moog Modular en réinventant l'approche classique de la synthèse sur ordinateur.

Produire une version logicielle de synthétiseurs vintages, et en particulier l'émulation de systèmes modulaires, impose de sérieuses contraintes de modélisation. Audacieux ou inconscients, à quel genre de généticiens informatiques ou apprentis sorciers avons-nous affaire ? Sont-ils de ceux qui parviennent à l'exploit de produire de parfaits sosies homozygotes ou de ceux, plus nombreux, à accoucher de moutons à 5 pattes ?

Walking on the Moog…

Né en 1964, le Moog Modular, véritable précurseur de la synthèse analogique, se voit décliné en de nombreuses versions pendant 10 années de développement, jusqu'à la présentation en 1974 du Système 55, dernière version modulaire des synthés Moog. Le système modulaire, bien qu'encombrant et présentant d'invraisemblables difficultés de câblage, offre une flexibilité inégalable par rapport à des systèmes intégrés, et ouvre par conséquent d'infinies possibilités de créations sonores. Modularité et richesse des sons auront fait la réputation des synthétiseurs Moog, dont le grain légendaire aura marqué l'inconscient collectif, malgré la frustrante rareté du système (plusieurs centaines de pièces tout au plus !).

Arturia nous présente donc une copie fidèle du modèle d'origine, et offre la possibilité au plus grand nombre d'accéder au tout meilleur de la synthèse analogique. Le Moog Modular V fonctionne aussi bien en mode autonome, qu'en mode plug-in, pour une fréquence d'échantillonnage maximale de 96 kHz en 64 bits flottants, prétendument sans aliasing jusqu'à 16 kHz. Il offre une polyphonie de 64 voix, et inclut une implémentation MIDI, un système d'affectation de contrôleurs, une prise en compte de la sensibilité au toucher et à l'aftertouch, et bon nombre de nouveautés inhérentes à la flexibilité d'une version logicielle.

Sur la rampe de lancement

La boîte, lourde, renferme un CD d'installation ainsi qu'un très beau manuel de 140 pages traduit en anglais, français et japonais. L'installation ne prend pas plus de 2 minutes (et encore, avec les mains attachées dans le dos !) malgré les menus d'installation en anglais. On vous laisse seul maître à bord ! A vous de choisir le répertoire d'installation. Tant mieux, car j'ai personnellement horreur qu'un logiciel se pose là où bon lui semble, sans mon consentement préalable. Après l'introduction du numéro de licence, on vous offre la possibilité de choisir le protocole souhaité en mode plug-in. Bel effort, car cette option permet de ne pas alourdir votre système avec des éléments inutiles. La version autonome sera, pour sa part, chargée par défaut. Vous voilà prêt pour le compte à rebours. Dans quelques secondes, vous serez propulsé au beau milieu des années 60 !

Le manuel d'instruction est tout simplement superbe. Il ferait bonne figure au beau milieu de ma collection de Pif Gadget reliée cuir. Le contenu n'est pas en reste. Une attention toute particulière aura été apportée pour approfondir chaque chose dans le détail. Etonnant… ils ont pensé à tout. J'ai beau chercher, je suis séduit : tout y est, historique de Moog, cours de synthèse soustractive et tutoriaux compris !

Plan de vol

Du point de vue esthétique, la qualité de reproduction des modules d'origine est à proprement parler stupéfiante ! L'interface graphique est là, encore très soignée. Reflets, jointures et texture des panneaux de bois, design des commandes, câbles qui pendent… on a presque envie de toucher. A noter que, tout ayant un prix, la propreté de l'interface se paie souvent par une certaine lenteur du système. En effet, l'affichage " scotche " de temps à autre.

Mise à feu

Le Moog virtuel présente l'immense avantage, par rapport à son homologue analogique, d'être en mesure de gérer ses propres banques de sons (création, import, export, sauvegarde), et de disposer d'une librairie de sons arrangés en banques, sous banques et presets. Le Moog Modular d'origine présentait de sérieux désagréments concernant la sauvegarde des sons. Celle-ci consistait en une représentation graphique pure et simple de la face avant sur format papier : une manière de s'adonner conjointement aux plaisirs de la programmation sonore et du dessin industriel.

L'agencement des banques est discutable et ne facilite pas le parcours rapide des sons disponibles. C'est un mal pour un bien, car on renonce vite à faire le tour du propriétaire afin d'ériger son propre édifice. La librairie dispose à cet effet d'une banque de modules pré-câblés permettant d'accélérer le processus de programmation.

Concernant les inconditionnels des modes d'affichage haute résolution en 1200 x 1600, les habituels reproches font leur apparition : la taille de l'émulateur diminue en fonction de la résolution d'affichage de l'écran. Il serait bon que l'on songe prochainement à munir ce type d'application d'une fonction de zoom paramétrable, ou encore d'une fonction d'étirement plein écran.

L'interface graphique est répartie en 3 pages de travail distinctes : le synthétiseur, le séquenceur/effet, le clavier/contrôleur. A regarder de près, il paraissait difficile d'organiser différemment les modules. Il est même aberrant d'envisager de faire tenir l'ensemble des modules sur une même fenêtre, d'autant plus que le passage entre les différentes pages ne gêne en rien la programmation et améliore la lisibilité.

Le propre des synthés modulaires étant l'absolue nécessité de câbler les modules entre eux, Arturia propose quelques fonctions permettant de paramétrer aisément les différentes commandes, et ce, malgré le nombre de connexions établies. Tout d'abord, il est possible de filtrer les vues selon les types de câbles connectés, jusqu'à la suppression totale du champ visuel de tous les câbles. Ensuite, l'émulateur permet de paramétrer la tension des câbles, ces derniers ayant la faculté de pendre plus ou moins en fonction du réglage. Pour finir, il est possible de faire en sorte que les câbles s'écartent au passage de la souris, en dégageant du même coup la région visée et facilitant l'accession aux commandes. On se rend très vite compte que la plupart de ces options sont vitales à court terme : passé la vingtaine de connexions, on se voit rapidement confronté à une véritable usine à gaz.

Quelques aménagements facilitent l'édition des potentiomètres ainsi que des curseurs : le clic gauche permet le réglage grossier des commandes, alors que le clic droit donne lieu à une édition affinée du même paramètre.

Contrairement à l'original, la version logicielle du Moog Modular V bénéficie de l'indispensable interface MIDI qui nous permet de relier notre clavier maître favori à ce puissant générateur de sons, mais qui nous permet aussi d'affecter jusqu'à 120 contrôleurs externes à n'importe quelle commande disposée en face avant. Le mode d'affectation est relativement bien pensé : touche Ctrl enfoncée, il suffit de cliquer sur la commande de votre choix pour voir apparaître le menu d'édition concerné. La fonction " learn " fera le reste, en détectant le moindre mouvement du contrôleur que vous souhaitez affecter à cette commande.

Par contre, il manque une matrice d'édition de filtres MIDI : il n'y a pas moyen de procéder au paramétrage ainsi qu'au routage des événements MIDI entrant ou sortant. Un oubli ?

Sous Windows, il est nécessaire de choisir le protocole audio que l'on souhaite utiliser : ASIO ou Direct X. A savoir : le mode ASIO reste, et de loin, plus performant que le mode Direct X, notamment au niveau de la gestion des temps de latence. Si votre carte sons vous en offre les moyens, évitez le mode Direct X : vous aurez du mal à vous départir de l'inévitable compromis entre latence et craquements.

Moins rassurantes, mais pourtant, à mon grand désespoir, ô combien importantes, les fonctions d'affichage du taux d'occupation des ressources système ainsi que la touche " Panic ". Tous les émulateurs n'en sont pas munis… et pour cause ! Il y a bien longtemps que je n'avais pas utilisé d'application aussi avide en puissance de calcul. Arturia ne cache pas que le moteur de synthèse est particulièrement gourmand en ressources système. D'ailleurs, le manuel précise que tout oscillateur connecté et non utilisé consomme de la puissance de calcul inutilement. Remarque non anodine signifiant qu'il est salutaire de préserver votre système d'une surcharge inutile, les plantages n'en seront que plus rares. Et lorsque l'indicateur de charge CPU atteint le rouge, il est parfois déjà trop tard pour solliciter l'intervention de la touche " Panic ", la fermeture de session vous pend au nez, avec tous les désagréments que la manœuvre comporte. Il est possible que la modélisation TAE exige de façon irréversible une puissance démesurée, ce qui, à terme, serait gênant, ou que cette première version ne soit pas optimale du point de vue de la programmation.

A propos de programmation, une déception notable réside dans l'effet détestable que produisent les craquements survenant lors du changement de patch, précisément lors du chevauchement des notes maintenues par le release du patch en cours, et l'initialisation du nouveau patch sélectionné. Ce phénomène traduit un manque de sérieux dans la finition de cette première version.

Côté son, le réalisme est saisissant, le bruit de fond de l'original en moins ! Ce n'est pas de la nostalgie désuète que d'évoquer le grain d'un son poignant, ainsi que les sensations incomparables que procure l'émouvante accession à un mythe. Le jeu à 96 kHz est saisissant : les sonorités sont pleines, riches et vivantes, mais la puissance du CPU vous met rapidement dans l'embarras. Les amateurs de pads polyphoniques qui traînent en longueur seront déçus. Pour info, ma configuration se compose d'un Pentium 4 cadencé à 1,7 GHz, d'une carte-mère Asus 400 MHz, de 128 Mo de RAM, d'une carte sons Hoontech DSP24 24 bits 96 kHz et remplit haut la main les critères exigés pour un rendement optimal du logiciel. Le résultat en 44 kHz est plus fade, moins flatteur, mais décharge considérablement le processeur. Il faudra parfois apprendre à s'en satisfaire.

Le TAE, module lunaire

Selon Arturia, tout le secret de fabrication du Moog Modular V réside dans une nouvelle technologie TAE, abréviation de True Analog Emulation, que l'on peut, entre autres, traduire par émulation analogique réaliste. Il faut être honnête : le réalisme est de nos jours le fonds de commerce des éditeurs, comme une évidente supériorité de telle équipe de développeurs par rapport à telle autre. Il est par conséquent important de tâcher de comprendre ce qui se cache sous ces mystérieux oscillateurs, au-delà d'un prometteur effet d'annonce.

En émulation, tout n'est qu'affaire d'algorithmes et d'astuces de programmation. Sans trop rentrer dans le détail, le traitement fréquentiel du signal issu des oscillateurs émulés nous gratifie d'effets indésirables répondant au joli nom de repliement ( aliasing ). Concrètement, des signaux fréquentiels parasites, d'amplitude variable, et résultant du calcul de la forme d'onde viennent s'échouer dans la bande audio et polluer le signal émulé.

Le repliement est un peu au numérique ce que la dispersion des composants était à l'analogique, à la virgule près que le charme des artefacts analogiques ne dispose pas d'équivalent numérique. Il faut savoir que, bien souvent, le phénomène de repliement est particulièrement laid et déplaisant. Qu'à cela ne tienne ! Le traitement du signal vole une fois de plus à notre secours, et c'est équipé d'un filtre antirepliement que l'on parvient à préserver nos oreilles d'un désastre annoncé.

Cependant, comme l'atteste le spectre de réponse fréquentielle présenté par Arturia, un tel dispositif de filtrage n'est pas parfait. Il présente en effet une atténuation typique d'un filtrage passe-bas pour les hautes fréquences, et un bruit numérique quasi constant dans la bande audio à –85dB d'amplitude, là où les oscillateurs classiques conservent une amplitude constante pour les hautes fréquences, mais où le phénomène de repliement fréquentiel (aliasing) génère un signal parasite d'amplitude croissante en fonction de la fréquence.

On nous aurait menti ? le TAE serait bidon ? On déshabille Pierre pour habiller Paul ? Eh bien, a priori, non, car il est bien connu que le phénomène de repliement de spectre perturbe davantage le signal que l'application d'un filtrage antirepliement, enfin, d'un point de vue strictement mathématique. Pour ce qui est du résultat final, nos oreilles restent seules juges ! De plus, Arturia ne prétend pas avoir trouvé la solution miracle relative aux problématiques oscillateurs numériques, mais apporte, je cite, "une meilleure émulation sonore ".

Le TAE permet également de simuler l'incurvation de la forme d'onde, déformation naturelle liée à la décharge des condensateurs. Cela contribue à accentuer les non-linéarités du système, et favorise par conséquent la " chaleur " du son, tout numérique soit-il.

Une autre des caractéristiques primordiale des systèmes analogiques est l'instabilité des composants qui les constituent, en fonction notamment de la température, des fluctuations de l'alimentation… Ce phénomène, lui aussi naturel, provoque une permanente dispersion de la forme d'onde, qui donne un aspect vivant au son. Le TAE émule aussi ce type de paramètre. Un reproche cependant : il aurait été intéressant de pouvoir contrôler le taux d'instabilité via une commande spécifique. Ce dispositif est présent sur certains émulateurs concurrents et permet au programmeur de jauger l'intérêt d'un réalisme poussé dans ses derniers retranchements.

Le TAE offre, de plus, une reproduction fidèle des filtres analogiques d'époque. L'incontournable filtre passe-bas résonant à 24dB n'y réchappe pas. Cela présente l'immense avantage de nous offrir un son d'une dynamique et d'une précision remarquable.

Pour en finir avec le TAE, Arturia s'est également attaqué à une autre caractéristique des synthétiseurs analogiques : la saturation douce (Soft clipping). Tout module susceptible de provoquer une saturation brutale du signal était muni d'un limiteur de courant dont la fonction de transfert est proche d'une représentation sinusoïdale.

Au nombre de paramètres analogiques pris en compte, on constate qu'un soin tout particulier aura été apporté au design du moteur de synthèse. On frise ici la perfection.
A bord de la capsule.

Le nombre de contrôleurs est, à première vue, stupéfiant. Puis les vieux réflexes prennent le dessus, pour rapidement ne plus laisser place qu'à l'intuition. Oublié, le TAE qui, sous son nom barbare, ne saurait retranscrire toute l'émotion que l'on peut ressentir sous le flot d'Ondes Vibrantes Non Identifiées : accrochez-vous, vous êtes déjà en apesanteur !

Synth

Le module synthétiseur est le véritable cœur de la machine, autorisant l'accès à l'ensemble des commandes de ce fantastique moteur de synthèse au travers de 28 modules. Il comprend 3 modules de filtre de tous types, un filtre passe-haut et passe-bas de sortie, 2 LFO, 6 enveloppes, 3 drivers, 9 oscillateurs, 16 VCA pour le mixeur, 2 VCA de sortie, 15 sorties de contrôleur et 2 délais de déclenchement. On a beau être prévenu, c'est impressionnant. Et très vite, on se prend à imaginer toute l'étendue des possibilités.

Oscillateurs

Les oscillateurs sont au nombre de neuf arrangés par banque de trois. Ils génèrent 4 types de formes d'ondes ( sinusoïde, triangle, dent de scie, carré ) utilisables simultanément. Un bouton rotatif règle la fréquence d'accord, un sélecteur rotatif fixe la gamme de fréquence. Le signal peut être synchronisé par le biais d'un signal d'entrée et dispose de 2 entrées de modulation de fréquence. Un driver est affecté à chaque banque d'oscillateurs. Son rôle est de paramétrer la fréquence ainsi que la largeur d'impulsion du signal affecté à sa banque d'oscillateurs. Le driver possède également 3 entrées de modulation de fréquence, et 2 entrées de modulation de largeur d'impulsion. Je vous laisse évaluer le nombre de combinaisons envisageables, c'est vertigineux ! Le mixeur comporte, pour sa part, quelques 16 VCA dont on peut mélanger les sources via la fonction " Link ". Chaque VCA est paramétrable en volume et en modulation d'amplitude. Le tout est complété par les inévitables générateurs de bruit blanc et rose, indépendants, comme il se doit.

LPF, HPF, Filter Noise, Coupler, Mutimode

Les modules de filtrage se composent de 3 filtres indépendants que l'on peut choisir parmi 4 différents types. Chaque type de filtre bénéficie d'un choix de suivi de clavier, et d'un choix de sortie de séquenceur accordant le filtre.

• Le passe-bas 24dB/octave (eh oui, le fameux filtre qui aura significativement contribué au succès des synthétiseurs Moog ! ) donne accès à la fréquence de coupure, ainsi qu'à la résonance. La fréquence de coupure ( seule modulable ) dispose de 3 entrées de modulation.
• Le passe-haut 24dB/octave ne permet que le réglage de la fréquence de coupure, offrant 3 entrées de modulation.
• Le passe-bande ou coupe-bande 24dB, autorise le réglage de la largeur de bande, modulable par une entrée, ainsi que le paramétrage de la fréquence centrale, modulable par 2 entrées.
• La réelle nouveauté réside dans le filtre multimode 12dB/octave, module inexistant dans la panoplie d'origine du Moog Modulaire tel que nous le connaissons. 6 types de mode de filtrage sont proposés ici, offrant un grain différent, moins incisif que les filtres 24dB, contribuant à élargir les champs sonores. On y trouve un passe-bas, passe-haut, notch, cloche, plateau bas, plateau haut ! Avec cette fois la résonance modulable par une entrée, et la fréquence de coupure/centrale modulable via deux entrées. Un réglage de gain permet de fixer le niveau de résonance, ainsi que le gain des plateaux.

L'ultime unité de filtrage qui réunit un filtre passe-bas et un passe-haut 6dB par octave est dédié en particulier au traitement des sources issues du générateur de bruit ( blanc et rose ). Il ne tient qu'à vous d'en détourner l'orientation initiale pour en faire ce que bon vous semble.

Enveloppes

Les enveloppes, 6 en tout, permettent de sculpter temporellement le son selon la classique courbe ADSR ( Attack, Delay, Sustain et Release ). Détail troublant : l'inversion des commandes Release et Sustain, plutôt gênante. Intuitivement, on se jette sur la commande Sustain en lieu et place du Release et inversement… Chaque enveloppe dispose d'une entrée de déclenchement qui peut être connectée à la sortie de déclenchement du clavier, du module de délai de déclenchement ou du séquenceur. L'entrée de déclenchement constitue l'une des rares entrées à bénéficier d'un câblage interne, afin d'alléger l'affichage. La sortie des modules d'enveloppe peut être reliée aux différentes entrées de modulation des oscillateurs, filtres, LFO…

LFO

Les LFO constituent l'un des éléments majeurs indispensable en tant que source de modulation cyclique de n'importe quel synthétiseur normalement constitué. Bien que rien ne vous soit imposé, la structure du cabinet suggère, pour des raisons pratiques de câblage, que le premier LFO soit affecté à la modulation de fréquence, résonance, largeur d'impulsion, largeur de bande, etc, et que le second LFO soit dédié à la modulation d'amplitude au travers des VCA, ou du mixeur. Il est à noter que chaque oscillateur, parmi les 9 mis à disposition, peut être utilisé en tant que LFO, à partir du moment où l'on règle la gamme de fréquence sur " LO " ( pour Low oscillations ), et permet ainsi d'augmenter significativement le nombre de sources de modulation. Je me tue à vous le dire : c'est la flexibilité poussée à son paroxysme.

Trigg Delays

Le délai de déclenchement, comprenant 2 retards indépendants, permet de gérer les signaux utiles au déclenchement des enveloppes et du séquenceur. 2 potentiomètres permettent d'ajuster les délais, tandis qu'un sélecteur rotatif permet de commuter les différents types de fonctionnement : indépendant, parallèle, série. Ce n'est, à vrai dire, pas le module le plus usité parmi ceux, plus évidents, présentés ci-dessus, mais il permet, entre autres, de créer des effets évolutifs temporellement, là où les générateurs d'enveloppe ne suffisent plus. Figurez-vous que si on l'a mis ici, c'est bien pour qu'il serve à quelque chose.

VCA

Assemblés en une paire de sortie, les VCA représentent le plus souvent l'ultime étape du cheminement de votre signal au travers du module synthétiseur. Destiné au réglage de niveau en fonction du temps, on affecte au VCA une enveloppe ADSR classique. On lui ajoute cependant 2 types de réglage supplémentaires : le temps de décroissance intermédiaire, ainsi que le niveau qui lui est associé. Ce paramètre intervient entre les phases d'attaque et de décroissance en tant que phase intermédiaire afin d'enrichir le comportement dynamique de votre signal. Cette phase intermédiaire n'aura pas été choisie au hasard, puisqu'elle affecte la zone la plus sensible et incisive de l'enveloppe. Une entrée de modulation d'amplitude est également disponible. On peut y connecter un oscillateur, un LFO, une enveloppe, la sensibilité du clavier, l'aftertouch, la molette de modulation et j'en passe ! On y trouve également un réglage de gain ( jusque-là, rien de surprenant… ), une entrée de déclenchement, et un réglage de panoramique. Panoramique ? Eh oui, un réglage par tranche de VCA. Les effets stéréo sont à vous !

Seq

Le module séquenceur se compose d'un splendide, mais complexe, séquenceur pas à pas, d'un ensemble de contrôleurs assignables, d'un clavier virtuel et de 3 modules d ‘effets comprenant une banque de filtres passe-bande résonnants, un délai stéréo, et un chorus. Encore une fois, le nombre de paramètres disponibles par chaque module, et notamment au niveau des contrôleurs assignables, en dit long sur la complexité des traitements que l'on peut générer par le biais de cette machine.

FX Filter

Les effets : ce type de traitement comporte les trois types d'effets les plus répandus, à savoir, un banc de filtre résonant, un délai, et un chorus.

Tout d'abord, le banc de filtre résonant s'organise à la manière d'un égaliseur en 14 bandes distinctes avec niveaux indépendants, réparties en trois banques de 4 filtres. La première banque est dédiée au filtre passe-bas, la deuxième est affectée au filtre passe-bande avec largeur de bande paramétrable, la dernière consistant en un inévitable filtre passe-haut. Le niveau général de sortie est paramétrable, de sorte à compenser une éventuelle baisse significative du niveau général, suite à l'action des filtres. Un bouton de réinitialisation vous évite tout d'abord de mauvaises surprises (bande atténuée à votre insu, échappant à votre attention) et la rébarbative remise à zéro des quelques 27 paramètres.

Delay - Chorus

Ensuite, le délai stéréo synchronisable via MIDI. Rien ne manque : édition indépendante du temps gauche et droit, du retour gauche et droit, du retour croisé gauche et droit, du gain du signal d'entrée, et du gain du signal de sortie. Côté astuces, dans le cas d'une synchro MIDI, les commandes de temps sélectionnent les multiples et sous-multiples du tempo MIDI injecté.

Pour en finir avec les effets, 3 types de chorus nous sont proposés : simple, médium et complexe. Une fois ce choix effectué, il est permis de procéder au réglage du délai, de la vitesse, de la profondeur, de la vitesse et largeur stéréo et du gain appliqué au signal d'entrée ainsi qu'au signal traité. Ce module peut enrichir (ou plutôt épaissir) votre signal, et peut parfois remplacer avantageusement un ou plusieurs oscillateurs, tout en économisant de la puissance de calcul.

Séquenceur

Le séquenceur correspond au module 960 d'origine, à la nuance près que le câblage est ici simplifié, pour des raisons d'ergonomie. Il se compose de 3 parties distinctes.

L'oscillateur comporte un réglage de fréquence, un bouton marche et un bouton arrêt avec leur déclencheur respectif assignable, une longueur de déclenchement paramétrable, une synchro MIDI, et un déclenchement pour le passage au pas suivant. L'oscillateur peut bénéficier d'un paramétrage dynamique par l'intermédiaire du module synthétiseur.

Sachant que l'oscillateur permet de cadencer le passage d'une séquence à une autre, moduler la fréquence de cet oscillateur reviendrait à moduler le temps de changement de séquence… difficile à maîtriser ou de prévoir le résultat à l'avance !

Le générateur de séquence dispose de 8 pas capables de moduler 3 niveaux de sortie. Chaque pas peut être lié au pas précédent. Il est possible de régler le nombre de coup d'horloge d'attente sur un pas et de paramétrer la répétition de la sortie de déclenchement à chaque coup d'horloge. Il est également permis de sélectionner le pas suivant parmi les 8 disponibles, et de forcer l'initialisation du séquenceur. Le gestionnaire de sortie gère les paramètres de lissage indépendant de chaque sortie, les entrées de déclenchement, et l'ordre des séquences.

Bien que très complet, ce séquenceur n'est pas franchement agréable à utiliser. Malgré tout le soin apporté par les développeurs afin de simplifier ce module, le concept d'origine était, à l'époque, bien loin des préoccupations qui sont les nôtres aujourd'hui : produire vite et bien. Et puis, le marché actuel croule sous un nombre impressionnant de séquenceurs simples et efficaces dont l'évidente ergonomie nous fait remarquer que, depuis, on a fait mieux que le module 960 d'origine.

Controllers - Keyb Cont - Molettes

Les contrôleurs sont nombreux, mais pas tous pertinents. Prenons par exemple le report des réglages des enveloppes des 2 VCA, ainsi que les fréquences de coupure des 3 principaux modules de filtres. L'intérêt est minime, d'autant plus si vous avez la bonne idée d'affecter cette commande à un contrôleur externe. Par contre, on nous offre deux pads à 2 dimensions, outil indispensable pour les amateurs de synthèse vectorielle, dont je suis un inconditionnel. Les classiques pitch bend et molette de modulation, réglage de portamento sont aussi de la partie.

Dans les paramètres globaux, on retrouve la sélection du mode de legato, de re-déclenchement des notes liées, mais aussi les modes monophonique, polyphonique et, moins répandu, le mode monophonique saturé. Le nombre de voix de polyphonie (16 – 32 – 64) est paramétrable, ainsi que le nombre de notes autorisées au maintien après relâchement. Un conseil : allez-y doucement avec ce type de paramètre afin de préserver au mieux la puissance de calcul disponible. Il est aussi permis de régler indépendamment la course d'accord et d'ouverture du filtre pour la commande de pitch bend.

La gestion de suivi de clavier bénéficie, pour sa part, d'un module très réussi. 4 suivis de claviers indépendants acceptent l'édition des paramètres suivants : pente, note pivot, note seuil, note inférieure et supérieure, affectation de la molette de pitch bend et/ou du portamento au suivi de clavier.

Conclusion

Peu convaincant avec Storm, l'équipe d'Arturia affiche avec cet émulateur des prétentions pour le moins insolites. De toute évidence, il s'agit d'un produit sérieux, essentiellement axé vers un public professionnel, ou amateur éclairé, en totale rupture avec les précédentes réalisations. Arturia franchit un cap significatif où ambition et anticipation sont souvent synonymes de survie.

Le Moog Modular V reste dédié aux musiciens d'un niveau avancé, qui développent une approche technique du son. En effet, si la plupart des synthétiseurs intégrés offrent des interfaces simplifiées accessibles aux programmeurs peu soucieux de l'agencement des sous systèmes de ce dernier, le Moog Modular V requiert, pour sa part, un minimum de connaissances en traitement du signal. A chaque nouvelle édition, on vous demande de reconstruire votre propre machine à partir des modules mis à disposition. Et autant dire qu'il vaut mieux savoir comment les empiler afin d'espérer approcher le résultat escompté ! Et pourtant, c'est bien au hasard de quelques branchements incongrus que l'on se prend parfois à explorer de nouveaux horizons sonore.

J'aurais aimé délivrer la note ultime à ce superbe émulateur, tant on se prend vite à entrevoir l'opportunité de créations sonores illimitées où seule la maîtrise de l'interface représente le tout dernier obstacle à nos délires musicaux. Cependant, les erreurs de jeunesse sont aussi de la partie et gâchent quelque peu la fête… et c'était prévisible. Mais rien de rédhibitoire en l'occurrence. Il semble que les pressions financières exigeant une commercialisation prématurée, auront laissé filtrer quelques bugs, notamment en ce qui concerne la gestion des ressources processeur qui reste perfectible dans cette première version, et nous pousse parfois à quelques atterrissages forcés dont on se passerait volontiers.

Switch

Notes :

Qualité Audio
Carte multimédia 16 bits / 44 kHz : 16/20
Carte pro 24 bits / 96 kHz :19/20
Fluidité du jeu
Directsound 44 kHz : 10/20
Directsound 96 kHz : 8/20
ASIO 44 kHz : 18/20
ASIO 96 kHz : 14/20
Ergonomie / Paramétrage
A à la souris : 18/20
Via un contrôleur externe : 16/20
Evolutivité / Flexibilité : 20/20
Installation : 18/20
Fiabilité : 12/20
Manuel : 18/20
Rapport qualité/prix : 17/20

Note globale : 16/20

Plus
Le réalisme et la richesse des sons, la reproduction fidèle du modèle d'origine, la qualité de l'interface graphique, le superbe manuel d'instruction, l'ambition d'Arturia.

Moins
La lourdeur du système (interface graphique / moteur de synthèse), les bugs de programmation, les plantages fréquents.

Téléchargement :
Il vous est possible de télécharger les versions de démo en cliquantici.
Les exemples sonores sélectionnés par Arturia sont disponibles en cliquant ici.

Configuration PC
Pentium II 500 MHz, 128 Mo de RAM, Windows 95/98/ME/2000/XP
Carte sons compatible ASIO 2.0, DirectSound, Interface MIDI
Compatibilité : Standalone – VST – DXi – RTAS

Configuration Mac
• MacOS 9 ou supérieur
Apple G3 500 MHz, 128 Mo de RAM
Interface audio compatible Sound Manager
Interface MIDI compatible OMS ou FreeMIDI
Compatibilité : VST – MAS – RTAS - HTDM
• MacOS X
Apple G3 500 MHz, 128 Mo de RAM, MacOS X.2 ou supérieur
Interface audio compatible Sound Manager
Interface MIDI compatible OMS ou FreeMIDI
Compatibilité : Standalone – VST – RTAS - HTDM

Tarif ( Prix conseillé ) : Moog Modular V - 329 €
Date de sortie : 1er mars 2003