Arturia Moog - Modular V
L'éditeur de logiciels musicaux français Arturia, nous livre son tout premier véritable émulateur de synthétiseur analogique, le Moog Modular V. A l'annonce de la parution de ce nouveau synthétiseur virtuel, les prétentions d'Arturia paraissaient démesurées, ou pour le moins, extrêmement ambitieuses. En effet, cette équipe de développeurs voit grand et détourne sans complexe ce que bon nombre de synthésistes professionnels considèrent comme le vaisseau Amiral de la flotte des innombrables générateurs de sons du siècle dernier. Arturia, en quête de crédibilité, bouscule tout sur son passage, et non content de cloner l'ancêtre, l'éditeur grenoblois tente d'insuffler la vie au Moog Modular en réinventant l'approche classique de la synthèse sur ordinateur.
Produire une version logicielle de synthétiseurs vintages, et en particulier l'émulation de systèmes modulaires, impose de sérieuses contraintes de modélisation. Audacieux ou inconscients, à quel genre de généticiens informatiques ou apprentis sorciers avons-nous affaire ? Sont-ils de ceux qui parviennent à l'exploit de produire de parfaits sosies homozygotes ou de ceux, plus nombreux, à accoucher de moutons à 5 pattes ?
Walking on the Moog
Né en 1964, le Moog Modular, véritable précurseur de la synthèse analogique,
se voit décliné en de nombreuses versions pendant 10 années de développement,
jusqu'à la présentation en 1974 du Système 55, dernière
version modulaire des synthés Moog. Le système modulaire, bien qu'encombrant
et présentant d'invraisemblables difficultés de câblage, offre une flexibilité
inégalable par rapport à des systèmes intégrés, et ouvre par conséquent
d'infinies possibilités de créations sonores. Modularité et richesse des sons
auront fait la réputation des synthétiseurs Moog, dont le grain légendaire aura marqué
l'inconscient collectif, malgré la frustrante rareté du système (plusieurs
centaines de pièces tout au plus !).
Arturia nous présente donc une copie fidèle du modèle d'origine, et offre la possibilité
au plus grand nombre d'accéder au tout meilleur de la synthèse analogique.
Le Moog Modular V fonctionne aussi bien en mode autonome, qu'en mode plug-in, pour
une fréquence d'échantillonnage maximale de 96 kHz en 64 bits flottants, prétendument
sans aliasing jusqu'à 16 kHz. Il offre une polyphonie de 64 voix, et inclut une implémentation
MIDI, un système d'affectation de contrôleurs, une prise en compte de la sensibilité
au toucher et à l'aftertouch, et bon nombre de nouveautés inhérentes
à la flexibilité d'une version logicielle.
Sur la rampe de lancement
La boîte, lourde, renferme un CD d'installation ainsi qu'un très beau manuel de 140
pages traduit en anglais, français et japonais. L'installation ne prend pas plus de 2 minutes
(et encore, avec les mains attachées dans le dos !) malgré les menus d'installation
en anglais. On vous laisse seul maître à bord ! A vous de choisir le répertoire
d'installation. Tant mieux, car j'ai personnellement horreur qu'un logiciel se
pose là où bon lui semble, sans mon consentement préalable. Après
l'introduction du numéro de licence, on vous offre la possibilité de choisir
le protocole souhaité en mode plug-in. Bel effort, car cette option permet de ne pas
alourdir votre système avec des éléments inutiles. La version autonome sera, pour sa part,
chargée par défaut. Vous voilà prêt pour le compte à rebours. Dans
quelques secondes, vous serez propulsé au beau milieu des années 60 !
Le manuel d'instruction est tout simplement superbe. Il ferait bonne figure au beau milieu
de ma collection de Pif Gadget reliée cuir. Le contenu n'est pas en reste. Une attention
toute particulière aura été apportée pour approfondir chaque chose
dans le détail. Etonnant
ils ont pensé à tout. J'ai beau chercher,
je suis séduit : tout y est, historique de Moog, cours de synthèse soustractive
et tutoriaux compris !
Plan de vol
Du point de vue esthétique, la qualité de reproduction des modules d'origine est à proprement parler stupéfiante ! L'interface graphique est là, encore très soignée. Reflets, jointures et texture des panneaux de bois, design des commandes, câbles qui pendent on a presque envie de toucher. A noter que, tout ayant un prix, la propreté de l'interface se paie souvent par une certaine lenteur du système. En effet, l'affichage " scotche " de temps à autre.
Mise à feu
Le Moog virtuel présente l'immense avantage, par rapport à son homologue analogique,
d'être en mesure de gérer ses propres banques de sons (création, import,
export, sauvegarde), et de disposer d'une librairie de sons arrangés en banques,
sous banques et presets. Le Moog Modular d'origine présentait de sérieux désagréments
concernant la sauvegarde des sons. Celle-ci consistait en une représentation graphique pure et
simple de la face avant sur format papier : une manière de s'adonner conjointement
aux plaisirs de la programmation sonore et du dessin industriel.
L'agencement des banques est discutable et
ne facilite pas le parcours rapide des sons disponibles.
C'est un mal pour un bien, car on renonce
vite à faire le tour du propriétaire
afin d'ériger son propre édifice.
La librairie dispose à cet effet d'une
banque de modules pré-câblés
permettant d'accélérer le processus
de programmation.
Concernant les inconditionnels des modes d'affichage
haute résolution en 1200 x 1600, les habituels
reproches font leur apparition : la taille de
l'émulateur diminue en fonction de
la résolution d'affichage de l'écran.
Il serait bon que l'on songe prochainement
à munir ce type d'application d'une
fonction de zoom paramétrable, ou encore
d'une fonction d'étirement plein
écran.
L'interface
graphique est répartie en 3 pages de travail
distinctes : le synthétiseur, le séquenceur/effet,
le clavier/contrôleur. A regarder de près,
il paraissait difficile d'organiser différemment
les modules. Il est même aberrant d'envisager
de faire tenir l'ensemble des modules sur
une même fenêtre, d'autant plus
que le passage entre les différentes pages
ne gêne en rien la programmation et améliore
la lisibilité.
Le propre des synthés modulaires étant
l'absolue nécessité de câbler
les modules entre eux, Arturia propose quelques
fonctions permettant de paramétrer aisément
les différentes commandes, et ce, malgré
le nombre de connexions établies. Tout
d'abord, il est possible de filtrer les vues
selon les types de câbles connectés,
jusqu'à la suppression totale du champ
visuel de tous les câbles. Ensuite, l'émulateur
permet de paramétrer la tension des câbles,
ces derniers ayant la faculté de pendre
plus ou moins en fonction du réglage. Pour
finir, il est possible de faire en sorte que les
câbles s'écartent au passage
de la souris, en dégageant du même
coup la région visée et facilitant
l'accession aux commandes. On se rend très
vite compte que la plupart de ces options sont
vitales à court terme : passé la
vingtaine de connexions, on se voit rapidement
confronté à une véritable
usine à gaz.
Quelques aménagements facilitent l'édition des potentiomètres ainsi que des curseurs
: le clic gauche permet le réglage grossier des commandes, alors que le clic droit donne lieu
à une édition affinée du même paramètre.
Contrairement à l'original, la version logicielle du Moog Modular V bénéficie
de l'indispensable interface MIDI qui nous permet de relier notre clavier maître favori
à ce puissant générateur de sons, mais qui nous permet aussi d'affecter
jusqu'à 120 contrôleurs externes à n'importe quelle commande disposée
en face avant. Le mode d'affectation est relativement bien pensé : touche Ctrl enfoncée,
il suffit de cliquer sur la commande de votre choix pour voir apparaître le menu d'édition
concerné. La fonction " learn " fera le reste, en détectant le moindre
mouvement du contrôleur que vous souhaitez affecter à cette commande.
Par contre, il manque une matrice d'édition
de filtres MIDI : il n'y a pas moyen de procéder
au paramétrage ainsi qu'au routage
des événements MIDI entrant ou sortant.
Un oubli ?
Sous Windows, il est nécessaire de choisir
le protocole audio que l'on souhaite utiliser
: ASIO ou Direct X. A savoir : le mode ASIO reste,
et de loin, plus performant que le mode Direct
X, notamment au niveau de la gestion des temps
de latence. Si votre carte sons vous en offre
les moyens, évitez le mode Direct X : vous
aurez du mal à vous départir de
l'inévitable compromis entre latence
et craquements.
Moins rassurantes, mais pourtant, à mon
grand désespoir, ô combien importantes,
les fonctions d'affichage du taux d'occupation
des ressources système ainsi que la touche
" Panic ". Tous les émulateurs
n'en sont pas munis
et pour cause !
Il y a bien longtemps que je n'avais pas
utilisé d'application aussi avide
en puissance de calcul. Arturia ne cache pas que
le moteur de synthèse est particulièrement
gourmand en ressources système. D'ailleurs,
le manuel précise que tout oscillateur
connecté et non utilisé consomme
de la puissance de calcul inutilement. Remarque
non anodine signifiant qu'il est salutaire
de préserver votre système d'une
surcharge inutile, les plantages n'en seront
que plus rares. Et lorsque l'indicateur de
charge CPU atteint le rouge, il est parfois déjà
trop tard pour solliciter l'intervention
de la touche " Panic ", la fermeture
de session vous pend au nez, avec tous les désagréments
que la manuvre comporte. Il est possible
que la modélisation TAE exige de façon
irréversible une puissance démesurée,
ce qui, à terme, serait gênant, ou
que cette première version ne soit pas
optimale du point de vue de la programmation.
A propos de programmation, une déception
notable réside dans l'effet détestable
que produisent les craquements survenant lors
du changement de patch, précisément
lors du chevauchement des notes maintenues par
le release du patch en cours, et l'initialisation
du nouveau patch sélectionné. Ce
phénomène traduit un manque de sérieux
dans la finition de cette première version.
Côté son, le réalisme est
saisissant, le bruit de fond de l'original
en moins ! Ce n'est pas de la nostalgie désuète
que d'évoquer le grain d'un son
poignant, ainsi que les sensations incomparables
que procure l'émouvante accession
à un mythe. Le jeu à 96 kHz est
saisissant : les sonorités sont pleines,
riches et vivantes, mais la puissance du CPU vous
met rapidement dans l'embarras. Les amateurs
de pads polyphoniques qui traînent en longueur
seront déçus. Pour info, ma configuration
se compose d'un Pentium 4 cadencé
à 1,7 GHz, d'une carte-mère
Asus 400 MHz, de 128 Mo de RAM, d'une carte
sons Hoontech DSP24 24 bits 96 kHz et remplit
haut la main les critères exigés
pour un rendement optimal du logiciel. Le résultat
en 44 kHz est plus fade, moins flatteur, mais
décharge considérablement le processeur.
Il faudra parfois apprendre à s'en
satisfaire.
Le TAE, module lunaire
Selon Arturia, tout le secret de fabrication du
Moog Modular V réside dans une nouvelle
technologie TAE, abréviation de True Analog
Emulation, que l'on peut, entre autres, traduire
par émulation analogique réaliste.
Il faut être honnête : le réalisme
est de nos jours le fonds de commerce des éditeurs,
comme une évidente supériorité
de telle équipe de développeurs
par rapport à telle autre. Il est par conséquent
important de tâcher de comprendre ce qui
se cache sous ces mystérieux oscillateurs,
au-delà d'un prometteur effet d'annonce.
En émulation, tout n'est qu'affaire
d'algorithmes et d'astuces de programmation.
Sans trop rentrer dans le détail, le traitement
fréquentiel du signal issu des oscillateurs
émulés nous gratifie d'effets
indésirables répondant au joli nom
de repliement ( aliasing ). Concrètement,
des signaux fréquentiels parasites, d'amplitude
variable, et résultant du calcul de la
forme d'onde viennent s'échouer
dans la bande audio et polluer le signal émulé.
Le repliement est un peu au numérique ce
que la dispersion des composants était
à l'analogique, à la virgule
près que le charme des artefacts analogiques
ne dispose pas d'équivalent numérique.
Il faut savoir que, bien souvent, le phénomène
de repliement est particulièrement laid
et déplaisant. Qu'à cela ne
tienne ! Le traitement du signal vole une fois
de plus à notre secours, et c'est
équipé d'un filtre antirepliement
que l'on parvient à préserver
nos oreilles d'un désastre annoncé.
Cependant, comme l'atteste le spectre de
réponse fréquentielle présenté
par Arturia, un tel dispositif de filtrage n'est
pas parfait. Il présente en effet une atténuation
typique d'un filtrage passe-bas pour les
hautes fréquences, et un bruit numérique
quasi constant dans la bande audio à 85dB
d'amplitude, là où les oscillateurs
classiques conservent une amplitude constante
pour les hautes fréquences, mais où
le phénomène de repliement fréquentiel
(aliasing) génère un signal parasite
d'amplitude croissante en fonction de la
fréquence.
On nous aurait menti ? le TAE serait bidon ? On
déshabille Pierre pour habiller Paul ?
Eh bien, a priori, non, car il est bien connu
que le phénomène de repliement de
spectre perturbe davantage le signal que l'application
d'un filtrage antirepliement, enfin, d'un
point de vue strictement mathématique.
Pour ce qui est du résultat final, nos
oreilles restent seules juges ! De plus, Arturia
ne prétend pas avoir trouvé la solution
miracle relative aux problématiques oscillateurs
numériques, mais apporte, je cite, "une
meilleure émulation sonore ".
Le TAE permet également de simuler l'incurvation
de la forme d'onde, déformation naturelle
liée à la décharge des condensateurs.
Cela contribue à accentuer les non-linéarités
du système, et favorise par conséquent
la " chaleur " du son, tout numérique
soit-il.
Une autre des caractéristiques primordiale
des systèmes analogiques est l'instabilité
des composants qui les constituent, en fonction
notamment de la température, des fluctuations
de l'alimentation
Ce phénomène,
lui aussi naturel, provoque une permanente dispersion
de la forme d'onde, qui donne un aspect vivant
au son. Le TAE émule aussi ce type de paramètre.
Un reproche cependant : il aurait été
intéressant de pouvoir contrôler
le taux d'instabilité via une commande
spécifique. Ce dispositif est présent
sur certains émulateurs concurrents et
permet au programmeur de jauger l'intérêt
d'un réalisme poussé dans ses
derniers retranchements.
Le TAE offre, de plus, une reproduction fidèle
des filtres analogiques d'époque.
L'incontournable filtre passe-bas résonant
à 24dB n'y réchappe pas. Cela
présente l'immense avantage de nous
offrir un son d'une dynamique et d'une
précision remarquable.
Pour en finir avec le TAE, Arturia s'est
également attaqué à une autre
caractéristique des synthétiseurs
analogiques : la saturation douce (Soft clipping).
Tout module susceptible de provoquer une saturation
brutale du signal était muni d'un
limiteur de courant dont la fonction de transfert
est proche d'une représentation sinusoïdale.
Au nombre de paramètres analogiques pris
en compte, on constate qu'un soin tout particulier
aura été apporté au design
du moteur de synthèse. On frise ici la
perfection.
A bord de la capsule.
Le nombre de contrôleurs est, à première
vue, stupéfiant. Puis les vieux réflexes
prennent le dessus, pour rapidement ne plus laisser
place qu'à l'intuition. Oublié,
le TAE qui, sous son nom barbare, ne saurait retranscrire
toute l'émotion que l'on peut
ressentir sous le flot d'Ondes Vibrantes
Non Identifiées : accrochez-vous, vous
êtes déjà en apesanteur !
Synth
Le
module synthétiseur est le véritable
cur de la machine, autorisant l'accès
à l'ensemble des commandes de ce fantastique
moteur de synthèse au travers de 28 modules.
Il comprend 3 modules de filtre de tous types,
un filtre passe-haut et passe-bas de sortie, 2
LFO, 6 enveloppes, 3 drivers, 9 oscillateurs,
16 VCA pour le mixeur, 2 VCA de sortie, 15 sorties
de contrôleur et 2 délais de déclenchement.
On a beau être prévenu, c'est
impressionnant. Et très vite, on se prend
à imaginer toute l'étendue
des possibilités.
Oscillateurs
Les
oscillateurs sont au nombre de neuf arrangés
par banque de trois. Ils génèrent
4 types de formes d'ondes ( sinusoïde,
triangle, dent de scie, carré ) utilisables
simultanément. Un bouton rotatif règle
la fréquence d'accord, un sélecteur
rotatif fixe la gamme de fréquence. Le
signal peut être synchronisé par
le biais d'un signal d'entrée
et dispose de 2 entrées de modulation de
fréquence. Un driver est affecté
à chaque banque d'oscillateurs. Son
rôle est de paramétrer la fréquence
ainsi que la largeur d'impulsion du signal
affecté à sa banque d'oscillateurs.
Le driver possède également 3 entrées
de modulation de fréquence, et 2 entrées
de modulation de largeur d'impulsion. Je
vous laisse évaluer le nombre de combinaisons
envisageables, c'est vertigineux ! Le mixeur
comporte, pour sa part, quelques 16 VCA dont on
peut mélanger les sources via la fonction
" Link ". Chaque VCA est paramétrable
en volume et en modulation d'amplitude. Le
tout est complété par les inévitables
générateurs de bruit blanc et rose,
indépendants, comme il se doit.
LPF, HPF, Filter Noise, Coupler, Mutimode
Les
modules de filtrage se composent de 3 filtres
indépendants que l'on peut choisir
parmi 4 différents types. Chaque type de
filtre bénéficie d'un choix
de suivi de clavier, et d'un choix de sortie
de séquenceur accordant le filtre.
Le passe-bas 24dB/octave (eh oui, le fameux
filtre qui aura significativement contribué
au succès des synthétiseurs Moog
! ) donne accès à la fréquence
de coupure, ainsi qu'à la résonance.
La fréquence de coupure ( seule modulable
) dispose de 3 entrées de modulation.
Le passe-haut 24dB/octave ne permet que
le réglage de la fréquence de coupure,
offrant 3 entrées de modulation.
Le passe-bande ou coupe-bande 24dB, autorise
le réglage de la largeur de bande, modulable
par une entrée, ainsi que le paramétrage
de la fréquence centrale, modulable par
2 entrées.
La réelle nouveauté réside
dans le filtre multimode 12dB/octave, module inexistant
dans la panoplie d'origine du Moog Modulaire
tel que nous le connaissons. 6 types de mode de
filtrage sont proposés ici, offrant un
grain différent, moins incisif que les
filtres 24dB, contribuant à élargir
les champs sonores. On y trouve un passe-bas,
passe-haut, notch, cloche, plateau bas, plateau
haut ! Avec cette fois la résonance modulable
par une entrée, et la fréquence
de coupure/centrale modulable via deux entrées.
Un réglage de gain permet de fixer le niveau
de résonance, ainsi que le gain des plateaux.
L'ultime unité de filtrage qui réunit
un filtre passe-bas et un passe-haut 6dB par octave
est dédié en particulier au traitement
des sources issues du générateur
de bruit ( blanc et rose ). Il ne tient qu'à
vous d'en détourner l'orientation
initiale pour en faire ce que bon vous semble.
Enveloppes
Les
enveloppes, 6 en tout, permettent de sculpter
temporellement le son selon la classique courbe
ADSR ( Attack, Delay, Sustain et Release ). Détail
troublant : l'inversion des commandes Release
et Sustain, plutôt gênante. Intuitivement,
on se jette sur la commande Sustain en lieu et
place du Release et inversement
Chaque enveloppe
dispose d'une entrée de déclenchement
qui peut être connectée à
la sortie de déclenchement du clavier,
du module de délai de déclenchement
ou du séquenceur. L'entrée
de déclenchement constitue l'une des
rares entrées à bénéficier
d'un câblage interne, afin d'alléger
l'affichage. La sortie des modules d'enveloppe
peut être reliée aux différentes
entrées de modulation des oscillateurs,
filtres, LFO
LFO
Les
LFO constituent l'un des éléments
majeurs indispensable en tant que source de modulation
cyclique de n'importe quel synthétiseur
normalement constitué. Bien que rien ne
vous soit imposé, la structure du cabinet
suggère, pour des raisons pratiques de
câblage, que le premier LFO soit affecté
à la modulation de fréquence, résonance,
largeur d'impulsion, largeur de bande, etc,
et que le second LFO soit dédié
à la modulation d'amplitude au travers
des VCA, ou du mixeur. Il est à noter que
chaque oscillateur, parmi les 9 mis à disposition,
peut être utilisé en tant que LFO,
à partir du moment où l'on
règle la gamme de fréquence sur
" LO " ( pour Low oscillations ), et
permet ainsi d'augmenter significativement
le nombre de sources de modulation. Je me tue
à vous le dire : c'est la flexibilité
poussée à son paroxysme.
Trigg Delays
Le
délai de déclenchement, comprenant
2 retards indépendants, permet de gérer
les signaux utiles au déclenchement des
enveloppes et du séquenceur. 2 potentiomètres
permettent d'ajuster les délais, tandis
qu'un sélecteur rotatif permet de
commuter les différents types de fonctionnement
: indépendant, parallèle, série.
Ce n'est, à vrai dire, pas le module
le plus usité parmi ceux, plus évidents,
présentés ci-dessus, mais il permet,
entre autres, de créer des effets évolutifs
temporellement, là où les générateurs
d'enveloppe ne suffisent plus. Figurez-vous
que si on l'a mis ici, c'est bien pour
qu'il serve à quelque chose.
VCA
Assemblés
en une paire de sortie, les VCA représentent
le plus souvent l'ultime étape du
cheminement de votre signal au travers du module
synthétiseur. Destiné au réglage
de niveau en fonction du temps, on affecte au
VCA une enveloppe ADSR classique. On lui ajoute
cependant 2 types de réglage supplémentaires
: le temps de décroissance intermédiaire,
ainsi que le niveau qui lui est associé.
Ce paramètre intervient entre les phases
d'attaque et de décroissance en tant
que phase intermédiaire afin d'enrichir
le comportement dynamique de votre signal. Cette
phase intermédiaire n'aura pas été
choisie au hasard, puisqu'elle affecte la
zone la plus sensible et incisive de l'enveloppe.
Une entrée de modulation d'amplitude
est également disponible. On peut y connecter
un oscillateur, un LFO, une enveloppe, la sensibilité
du clavier, l'aftertouch, la molette de modulation
et j'en passe ! On y trouve également
un réglage de gain ( jusque-là,
rien de surprenant
), une entrée
de déclenchement, et un réglage
de panoramique. Panoramique ? Eh oui, un réglage
par tranche de VCA. Les effets stéréo
sont à vous !
Seq
Le
module séquenceur se compose d'un
splendide, mais complexe, séquenceur pas
à pas, d'un ensemble de contrôleurs
assignables, d'un clavier virtuel et de 3
modules d effets comprenant une banque de
filtres passe-bande résonnants, un délai
stéréo, et un chorus. Encore une
fois, le nombre de paramètres disponibles
par chaque module, et notamment au niveau des
contrôleurs assignables, en dit long sur
la complexité des traitements que l'on
peut générer par le biais de cette
machine.
FX Filter
Les effets : ce type de traitement comporte les trois
types d'effets les plus répandus,
à savoir, un banc de filtre résonant,
un délai, et un chorus.
Tout d'abord, le banc de filtre résonant
s'organise à la manière d'un
égaliseur en 14 bandes distinctes avec
niveaux indépendants, réparties
en trois banques de 4 filtres. La première
banque est dédiée au filtre passe-bas,
la deuxième est affectée au filtre
passe-bande avec largeur de bande paramétrable,
la dernière consistant en un inévitable
filtre passe-haut. Le niveau général
de sortie est paramétrable, de sorte à
compenser une éventuelle baisse significative
du niveau général, suite à
l'action des filtres. Un bouton de réinitialisation
vous évite tout d'abord de mauvaises
surprises (bande atténuée à
votre insu, échappant à votre attention)
et la rébarbative remise à zéro
des quelques 27 paramètres.
Delay - Chorus
Ensuite,
le délai stéréo synchronisable
via MIDI. Rien ne manque : édition indépendante
du temps gauche et droit, du retour gauche et
droit, du retour croisé gauche et droit,
du gain du signal d'entrée, et du
gain du signal de sortie. Côté astuces,
dans le cas d'une synchro MIDI, les commandes
de temps sélectionnent les multiples et
sous-multiples du tempo MIDI injecté.
Pour en finir avec les effets, 3 types de chorus
nous sont proposés : simple, médium
et complexe. Une fois ce choix effectué,
il est permis de procéder au réglage
du délai, de la vitesse, de la profondeur,
de la vitesse et largeur stéréo
et du gain appliqué au signal d'entrée
ainsi qu'au signal traité. Ce module
peut enrichir (ou plutôt épaissir)
votre signal, et peut parfois remplacer avantageusement
un ou plusieurs oscillateurs, tout en économisant
de la puissance de calcul.
Séquenceur
Le séquenceur correspond au module 960 d'origine,
à la nuance près que le câblage
est ici simplifié, pour des raisons d'ergonomie.
Il se compose de 3 parties distinctes.
L'oscillateur comporte un réglage
de fréquence, un bouton marche et un bouton
arrêt avec leur déclencheur respectif
assignable, une longueur de déclenchement
paramétrable, une synchro MIDI, et un déclenchement
pour le passage au pas suivant. L'oscillateur
peut bénéficier d'un paramétrage
dynamique par l'intermédiaire du module
synthétiseur.
Sachant que l'oscillateur permet de cadencer
le passage d'une séquence à
une autre, moduler la fréquence de cet
oscillateur reviendrait à moduler le temps
de changement de séquence
difficile
à maîtriser ou de prévoir
le résultat à l'avance !
Le générateur de séquence
dispose de 8 pas capables de moduler 3 niveaux
de sortie. Chaque pas peut être lié
au pas précédent. Il est possible
de régler le nombre de coup d'horloge
d'attente sur un pas et de paramétrer
la répétition de la sortie de déclenchement
à chaque coup d'horloge. Il est également
permis de sélectionner le pas suivant parmi
les 8 disponibles, et de forcer l'initialisation
du séquenceur. Le gestionnaire de sortie
gère les paramètres de lissage indépendant
de chaque sortie, les entrées de déclenchement,
et l'ordre des séquences.
Bien que très complet, ce séquenceur
n'est pas franchement agréable à
utiliser. Malgré tout le soin apporté
par les développeurs afin de simplifier
ce module, le concept d'origine était,
à l'époque, bien loin des préoccupations
qui sont les nôtres aujourd'hui : produire
vite et bien. Et puis, le marché actuel
croule sous un nombre impressionnant de séquenceurs
simples et efficaces dont l'évidente
ergonomie nous fait remarquer que, depuis, on
a fait mieux que le module 960 d'origine.
Controllers - Keyb Cont - Molettes
Les
contrôleurs sont nombreux, mais pas tous pertinents. Prenons par exemple le report des
réglages des enveloppes des 2 VCA, ainsi que les fréquences de coupure des 3 principaux
modules de filtres. L'intérêt est minime, d'autant plus si vous avez la
bonne idée d'affecter cette commande à un contrôleur externe. Par contre,
on nous offre deux pads à 2 dimensions, outil indispensable pour les amateurs de synthèse
vectorielle, dont je suis un inconditionnel. Les classiques pitch bend et molette de modulation,
réglage de portamento sont aussi de la partie.
Dans
les paramètres globaux, on retrouve la sélection du mode de legato, de re-déclenchement
des notes liées, mais aussi les modes monophonique, polyphonique et, moins répandu, le mode
monophonique saturé. Le nombre de voix de polyphonie (16 32 64) est paramétrable,
ainsi que le nombre de notes autorisées au maintien après relâchement. Un
conseil : allez-y doucement avec ce type de paramètre afin de préserver au mieux la puissance
de calcul disponible. Il est aussi permis de régler indépendamment la course d'accord
et d'ouverture du filtre pour la commande de pitch bend.
La gestion de suivi de clavier bénéficie, pour sa part, d'un module très réussi.
4 suivis de claviers indépendants acceptent l'édition des paramètres suivants
: pente, note pivot, note seuil, note inférieure et supérieure, affectation de la molette
de pitch bend et/ou du portamento au suivi de clavier.
Conclusion
Peu convaincant avec Storm, l'équipe d'Arturia affiche avec cet émulateur
des prétentions pour le moins insolites. De toute évidence, il s'agit d'un
produit sérieux, essentiellement axé vers un public professionnel, ou amateur éclairé,
en totale rupture avec les précédentes réalisations. Arturia franchit un cap significatif
où ambition et anticipation sont souvent synonymes de survie.
Le Moog Modular V reste dédié aux musiciens d'un niveau avancé, qui
développent une approche technique du son. En effet, si la plupart des synthétiseurs
intégrés offrent des interfaces simplifiées accessibles aux programmeurs
peu soucieux de l'agencement des sous systèmes de ce dernier, le Moog Modular V requiert, pour
sa part, un minimum de connaissances en traitement du signal. A chaque nouvelle édition, on
vous demande de reconstruire votre propre machine à partir des modules mis à disposition.
Et autant dire qu'il vaut mieux savoir comment les empiler afin d'espérer approcher
le résultat escompté ! Et pourtant, c'est bien au hasard de quelques branchements
incongrus que l'on se prend parfois à explorer de nouveaux horizons sonore.
J'aurais aimé délivrer la note
ultime à ce superbe émulateur, tant
on se prend vite à entrevoir l'opportunité
de créations sonores illimitées
où seule la maîtrise de l'interface
représente le tout dernier obstacle à
nos délires musicaux. Cependant, les erreurs
de jeunesse sont aussi de la partie et gâchent
quelque peu la fête
et c'était
prévisible. Mais rien de rédhibitoire
en l'occurrence. Il semble que les pressions
financières exigeant une commercialisation
prématurée, auront laissé
filtrer quelques bugs, notamment en ce qui concerne
la gestion des ressources processeur qui reste
perfectible dans cette première version,
et nous pousse parfois à quelques atterrissages
forcés dont on se passerait volontiers.
Switch
Notes :
Qualité AudioCarte multimédia 16 bits / 44 kHz : 16/20
Carte pro 24 bits / 96 kHz :19/20
Fluidité du jeu
Directsound 44 kHz : 10/20
Directsound 96 kHz : 8/20
ASIO 44 kHz : 18/20
ASIO 96 kHz : 14/20
Ergonomie / Paramétrage
A à la souris : 18/20
Via un contrôleur externe : 16/20
Evolutivité / Flexibilité : 20/20
Installation : 18/20
Fiabilité : 12/20
Manuel : 18/20
Rapport qualité/prix : 17/20
Note globale
: 16/20
Plus
Le réalisme et la richesse des sons, la reproduction fidèle du modèle d'origine,
la qualité de l'interface graphique, le superbe manuel d'instruction, l'ambition d'Arturia.
Moins
La lourdeur du système (interface graphique / moteur de synthèse), les bugs de programmation,
les plantages fréquents.
Téléchargement :
Il vous est possible de télécharger
les versions de démo en cliquantici.
Les exemples sonores sélectionnés par Arturia sont disponibles en cliquant
ici.
Configuration PC
Pentium II 500 MHz, 128 Mo de RAM, Windows 95/98/ME/2000/XP
Carte sons compatible ASIO 2.0, DirectSound, Interface MIDI
Compatibilité : Standalone VST DXi RTAS
Configuration Mac
MacOS 9 ou supérieur
Apple G3 500 MHz, 128 Mo de RAM
Interface audio compatible Sound Manager
Interface MIDI compatible OMS ou FreeMIDI
Compatibilité : VST MAS RTAS - HTDM
MacOS X
Apple G3 500 MHz, 128 Mo de RAM, MacOS X.2 ou supérieur
Interface audio compatible Sound Manager
Interface MIDI compatible OMS ou FreeMIDI
Compatibilité : Standalone VST RTAS - HTDM
Tarif ( Prix conseillé ) : Moog Modular V - 329 €
Date de sortie : 1er mars 2003
