Laurent de Wilde

Deux ans après la sortie de son premier album électro Time 4 Change, le pianiste Laurent de Wilde nous revient avec un nouvel album encore plus abouti. Cette nouvelle histoire baptisée Stories nous est racontée par Laurent qui a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui entre deux concerts.

Laurent de Wilde est né à Washington en 1960, mais c'est en France qu'il grandit et qu'il intègre en 1981 l'Ecole Normale Supérieure, section philosophie. Il décide alors de changer de cap et d'approfondir ses connaissances en tant que pianiste. Il obtient en 1983 une bourse d'étude musicale et se retrouve au campus Brooklyn de l'université de Long Island à New York. Très rapidement, il se produit avec Reggie Workman, Ralph Moore ou Greg Osby. En 1987, il enregistre pour le label Ida Records son premier album Off The Boat. Il est alors accompagné par Eddie Henderson, Ralph Moore, Ira Coleman et Billy Hart.

En 1989, Laurent sort Odd And Blue avec Coleman et Jack DeJohnette à la batterie. Mais c'est en 1993 que Laurent reçoit avec son nouvel album Open Changes le prestigieux prix Django Reinhardt qui récompense en France le meilleur musicien de l'année. On retiendra quelques noms parmi les lauréats : Martial Solal, Eddy Louiss, Jean Luc Ponty, Michel Portal, Henri Texier ou Michel Petrucciani.

Laurent se produit alors avec 'son' trio composé d'Ira Coleman et Billy Drummond à la batterie, mais il accompagne également des artistes comme Barney Wilen, Joshua Redman, Dee Dee Bridgewater, Aldo Romano ou André Ceccarelli. La renommée de Laurent de Wilde prend alors une envergure internationale, il signe avec Sony Jazz France et enregistre The Back Burner en 1995 pour Columbia (avec Coleman, Drummond, Henderson et Antonio Hart au saxophone), puis en 1997 Spoon-a-Rhythm.

C'est en 2000 que la carrière de Laurent prend, selon un point de vue musical, un tournant significatif. En effet, avec Time 4 Change, Laurent réussit à imposer une vision électronique du jazz avec de nombreuses influences des milieux drum'n'bass ou jungle. Laurent explique alors ces motivations : ' En acoustique, j'avais l'impression que le son était vraiment déterminé. C'est tellement difficile de faire quelque chose de différent. Je voyais la limite du genre … J'ai peu à peu pénétré l'univers des DJ, des salles, des clubs, bref, d'un monde qui est très différent de celui du jazz… Celui qui m'a vraiment marqué, c'est Amon Tobin (un DJ de Brighton), c'est lui qui m'a ouvert les oreilles. Après, je suis parti sur des trucs drum'n'bass classiques, genre Roni Size, et surtout Cosmik Connection avec qui j'ai tourné pendant un an, fondu complet de jungle/drum'n'bass, un spectacle fabuleux sur scène. Tout ça m'a beaucoup travaillé '.
Après avoir imposé son nouveau style, Laurent de Wilde nous fait le plaisir aujourd'hui de réitérer sa magnifique audace avec un nouvel album : Stories.

Tu avais activement participé à la production de ton premier album électro Time 4 Change. Qu'en est-il pour ce nouvel album ?


Avec Stories, j'ai eu la possibilité de m'investir complètement sur la production dans la mesure où j'ai enregistré la totalité de cet album dans mon home studio. Avec l'expérience acquise lors de Time 4 Change, j'ai pu éviter des erreurs et j'ai surtout pu travailler avec plus de flexibilité et de souplesse. A partir de la conception, il m'a fallu un an de travail. Seul le mixe a été fait à l'extérieur sur seize jours au studio Boxson à Paris.

Par contre, pour parler du mixe, c'est quand même un gros changement par rapport au précédent. Je voulais que le mixe soit créatif, que ce soit vraiment une étape supplémentaire dans la composition de la musique. J'ai donc travaillé avec Smadj du début jusqu'à la fin, il n'a pas bossé sur tous les morceaux, mais il était acquis dès le départ de notre collaboration que ce serait lui qui mixerait à la fin, que tout reviendrait sur sa table.

Au départ, nous avons laissé délibérément des partis pris, des effets pour le mixe final, en sachant que nous aurions des conditions d'écoute, des conditions de traitement du son beaucoup plus avancées que ce que j'ai chez moi. On a un petit peu laissé la musique en chantier jusqu'au bout. La production était légèrement inquiète en entendant les programmations, mais ils se sont très vite réjouis à l'écoute du mixe. Les choses qui étaient restées en suspend ont fini par trouver leurs couleurs définitives.

On retrouvait dans Time 4 Change le titre Shuffle boy de Thelonious Monk. Pour Stories, tu reprends cette fois-ci Moanin' de Charles Mingus. Est-ce une volonté de ta part d'inclure dans un album un thème d'une grosse pointure ?


Cela fait longtemps que je fais ça. J'ai fait des albums acoustiques avec, soit des compositions, soit des standards et, progressivement, je me suis rendu compte que, quel que soit l'équilibre, je me retrouvais toujours avec un standard d'un grand compositeur que j'adore, tels que Monk, Duke, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Miles, Mingus…. Et je pense justement que faisant du jazz, cela fait partie de mon héritage, je n'ai pas du tout changé de pot. J'ai tout à fait le sentiment de ne pas être un pur électronicien et d'être encore très… euhhhh… empêtré dans des histoires d'instruments de musique, d'improvisation… (rire)

Pourquoi empêtré ? (rire)


Parce que cela entraîne une gestion complexe et qu'il est difficile de trouver un compromis efficace entre le respect de l'instrument acoustique et le respect de l'instrument électronique, et des logiques inhérentes à chacun d'entre eux qui, a priori, sont opposés. C'est-à-dire qu'il y a toujours la possibilité de mettre un beat et de faire improviser un soliste dessus, on sait que ça marche. Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'il y ait une réelle communication verticale entre les différentes pistes, alors que l'électronique aime bien les choses constantes. Introduire de la variation sans arrêt dans la tournerie est une démarche latérale à la logique électronique. En même temps, pour un jazzman, toujours improviser sur un ré-bémol est un exercice fastidieux. Il est donc difficile de faire cohabiter ces deux éléments et surtout de leur donner un aspect sympathique où tout avance en même temps et se répond.

Exercice périlleux ?


On rame (rire). En fait, cela demande une instrumentalisation très spécifique, la machine devient un instrument. C'est exactement comme un piano ou un saxophone, il faut faire ces gammes, il faut répéter ces enchaînements, il faut apprendre à les tordre, les ralentir, les accélérer, les filtrer, leur donner une vie, les faire chanter ! Juste appuyer sur le bouton, cela n'a pas d'intérêt. Ce qui est important, c'est qu'une fois que l'on a appuyé sur ce bouton, que l'idée est proposée, on puisse suivre et faire vivre l'affaire.

Que penses-tu de l'utilisation de l'ordinateur sur scène ?


Je ne suis pas convaincu de son utilisation sur scène sauf pour une utilisation avec une application spécifique comme un logiciel stand-alone. Pour Stories, DjBen utilise Final Scratch, il est certain que dans un cas comme celui-ci, l'ordi est un sérieux atout. Fini les scolioses à force de trimbaler des packs de galette, mais c'est aussi une révolution pour les DJ qui pressaient pour 300 ou 400 € de disques tous les mois afin d'avoir leurs propres mixes et leurs propres beats. Les DJ sérieux font leurs propres galettes.

Mais moi qui suis un instrumentiste de formation, j'ai besoin de poser les doigts sur un clavier ou des potards et d'utiliser mes deux mains pour avoir un effet en temps réel. L'ordi a une logique de succession d'ordre, on fait un, et puis un, et puis un… C'est une procédure qui s'installe propre à l'électronique. Comme on ajoute les choses les unes après les autres, on pense en cycle, de là, une dimension rythmique s'installe. Il y a une production en fonction de l'input que l'on vient d'ajouter. Moi, c'est tout, tout de suite et avec mes dix doigts ! (rire)

Tu avais émit le souhait qu'un DJ s'empare des bandes de Time 4 Change et remixe un ou deux titres. Qu'en est-il ?


A ma connaissance, il n'y a pas eu de remixe, mais je sais que certains de mes morceaux ont excité beaucoup de remixeurs. Souvent, lors de tournées, des gars venaient me voir en disant : ' Ecoute ! J'ai remixé The Présent ' ou d'autres titres, mais cela n'a jamais débouché sur une exploitation commerciale.

Le titre Moanin' a bénéficié d'un pressage vinyle. Est-ce là une incitation, une provocation ?


Bien sûr, c'est fait pour. Ce n'est pas un pur dance floor, mais, détail intéressant, Laurent Garnier et Ludovic Llorca préparent un mixe du remixe, ils vont sortir un genre de Fcom remix Laurent de Wilde sur les deux titres qui sont sur le vinyle, c'est-à-dire Moanin' et Move On. C'est de l'info assez fraîche, ils sont certainement en train de travailler dessus.

Pour ce nouvel album, tu as travaillé avec Smadj, Akimov et Ben. Peux-tu nous les présenter ?


Smadj (Jean-Pierre Smadja) est ingé-son de formation, il a un groupe qui s'appelle DUOUD. Il fait beaucoup de choses jazz, notamment avec Stephano Di Battista, Laurent Robin, F. Thullier, Malik ou Sofi Hellborg. Il suivait une trajectoire qui était parallèle à la mienne, cela me semblait donc normal que l'on soit amené à travailler ensemble. En ce qui concerne Akimov, il avait déjà participé à la réalisation de l'album Time 4 Change. On a donc remis cela, mais dans un esprit plus proche de la collaboration.

Enfin, Ben est un DJ de drum'n'bass qui est un véritable as de la programmation, un DJ énorme ! On a travaillé sur certains morceaux dans l'optique de l'intégrer au groupe, ce qui est le cas maintenant. C'est le chef de la ' Boomga ' donc aux platines et aux sampleurs.

Comment faites-vous pour synchroniser les boucles, les phrases samplées en live ?


Ben et moi sommes synchronisés. Personnellement, j'utilise une Gibson Echoplex qui est une machine incontournable pour réaliser des boucles. La plupart des machines à boucler ne se déclenchent qu'au pied. Pour l'album Time 4 Change, j'utilisais une DOD Dimension 12 qui possède un LFO très puissant, mais, à partir du moment où l'on joue avec d'autres machines, en cinq mesures, on est décalé. Il y a une chance sur cinq milliards pour faire une boucle exacte ! Il faut donc une synchro et l'Echoplex est le seul appareil en vente (mais pas en France : appel aux distributeurs ! ! !) qui soit capable de faire de la boucle et de se caler sur un MIDI Time Code envoyé par une autre machine.

Lors du premier concert à l'EMB de Sannois, un bon nombre d'artistes présents sur le disque étaient absents. Il a fallu faire un choix, c'est une épreuve pas toujours facile à surmonter.


Oui, dans mon studio, j'ai pris mes aises parce ce que je pouvais inviter tous les musiciens qui passaient chez moi à venir poser une piste, mais il est certain que lorsqu'on est sur scène, il faut avoir un groupe un peu compact, tout terrain, et ce n'est pas possible avec autant de musiciens. Pour être franc, quand je monte sur scène ou dans un bus, je me dis toujours qu'il doit manquer quelqu'un !

Sur scène, quel est ton set ?


Le Fender Rhodes avec l'Echoplex pour l'enregistrement de boucle et une Roland SP-808. Cette dernière me sert pour emmener les samples, mais j'utilise beaucoup ses effets qui sont vraiment énormes ! Quant à Ben, il utilise une Akai MPC 2000 et Final Scratch sur sa platine.

Utilises-tu des machines virtuelles, des plug-ins particuliers ?


Oui, mais pas en live, uniquement pour la production. J'aime beaucoup Absynth, Reason et les plug-ins de Digital Performer avec les séries de drums, de synthétiseurs, de cordes. Ce ne sont pas réellement des synthétiseurs, mais plutôt des sampleurs avec des banques de samples utilisables avec des paramètres de modifications assez simples, mais efficaces. En synthèse virtuelle, j'ai surtout utilisé Absynth. Pour les effets, je dois dire que les plug-ins GRP Tools de l'INA sont absolument exceptionnels.

Comment fais-tu pour ramener les sons d'Absynth sur scène ?


On sample les masses sonores produites avec ces machines virtuelles, puis on essaye de les triturer en live. Il ne s'agit pas de phrases musicales, mais plutôt d'ambiance, il n'est donc pas nécessaire d'avoir un ordi avec un clavier MIDI.

Que penses-tu de l'émergence des home studios ?


Cela fait très longtemps que je connais ce monde du MIDI. Auparavant, à moins d'avoir investi dans beaucoup de matos (réverbe, délai, chorus/flanger, racks de traitement sonore), tu ne pouvais pas sortir tes sons de synthés, cela n'allait pas très loin. A partir du moment où l'audio est entré dans l'ordi, c'est devenu ' cheap ' pour tout le monde et c'est là que s'est opérée une véritable révolution.

Pour Time 4 Change, tu travaillais avec le logiciel Digital Performer. As-tu changé ?


Je travaille toujours avec ce logiciel qui correspond parfaitement à ma méthode de travail. Avec mon G4, j'ai utilisé une carte MOTU 828. Au passage, je tiens à souligner l'énorme qualité de ses convertisseurs. Pour l'enregistrement, j'utilise des micros Shoeps que je dirige vers ma console, une Mackie SR24 VLZ Pro, ensuite le signal attaque directement la carte MOTU.

Comment travailles-tu avec Digital Performer, tu es plutôt MIDI ou audio ?


Il y a en effet deux écoles, mais personnellement, j'opte plutôt pour l'école audio pour une raison surtout liée au mode de travail. Le MIDI, c'est bien quand on commence un morceau et qu'on le finit d'un seul mouvement. Par contre, si l'on désire passer d'un morceau à un autre rapidement, on est confronté au fait de ' loader ' les sampleurs, charger les programmes. Certes, on peut automatiser ces opérations, mais cela demande un certain temps. J'utilise surtout le MIDI pour la création d'une séquence, cela permet en effet d'affiner avec beaucoup de précision son travail, mais dès qu'une séquence est définie, je la couche en audio.

Tu avais posé une première pierre avec Time 4 Change, aujourd'hui, tu continues admirablement dans cette voie. Quels sont tes projets ?


Bien évidemment, j'ai envie d'aller plus loin. On ne sait pas de quoi l'avenir est fait, mais je n'ai pas fini mes explorations. Cela ne m'empêche pas de recommencer à faire de l'acoustique, mais d'un point de vue strictement musical, je suis loin d'avoir étanché ma soif.

Tu écoutes quoi en ce moment ?


Je m'aperçois que je suis à un stade de ma vie où j'ai joué dans de nombreux contextes différents. Venant d'un milieu strictement jazz et d'une époque et d'une génération où le jazz était une chose qu'il fallait défendre tout seul dans son coin, j'ai rencontré souvent des gens qui me reconnaissaient et qui me disaient : ' C'est formidable ce que vous faites ! ' sous-entendu que je suis seul contre tous avec une espèce de fatwa contre les autres musiques qui seraient forcément déviantes ou méprisables. A vrai dire, j'ai toujours été mal à l'aise dans cette position. Le milieu jazz dans lequel j'évoluais était très orienté là-dessus.

En jouant avec Ernest Ranglin, j'ai découvert ce pan de la musique et compris sa genèse historique. Le reggae, le ska, tout cela, c'est du rock à Billy qui est repassé par le jazz avant de retourner en Jamaïque. L'influence du jazz sur le reggae et du R&B m'a vraiment ouvert l'esprit. De même, j'ai commencé à entendre la correspondance incroyable entre les rythmes traditionnels du Ghana et la batterie d'Art Blakey. Je dois dire qu'en ce moment, je suis assez world.

J'arrive à un stade de mon existence où je prends plaisir à écouter de la bonne musique du monde entier, alors qu'auparavant, cela me passait un peu au-dessus, mais je pense pouvoir enfin comprendre toutes les correspondances et entendre comment toutes les musiques du monde se répondent. Je trouve que c'est un sentiment extrêmement enrichissant et très agréable, je suis beaucoup moins unilatéral que je ne l'étais avant.

Entendre la beauté de la musique du monde entier me fait un effet très réconfortant. D'ailleurs, Warner ressort en ce moment les Explorer Series qui sont des disques de musiques du monde qui ont été faites dans les années 70-80 et qui sont d'une très grande qualité. Je les écoute en boucle. On peut entendre des musiques de Bali, des Gamelans, des pianos à pouces (Sanza), des musiques rituelles d'Afrique de l'Est, des trucs qui te font dresser les poils sur la tête. Il y a des choses vraiment incroyables et je m'aperçois qu'il y a des rythmes qui ont fait le tour du monde avant de revenir dans la drum'n'bass. C'est très étonnant et très agréable, au lieu de se disperser, cela permet de se recentrer musicalement.

Lorsqu'un pattern rythmique fait le tour du monde, on s'aperçoit que c'est la façon de l'exprimer qui est importante. A chaque fois qu'il est passé d'un continent à un autre, ce rythme a bougé, il se met à l'endroit, à l'envers. Comme le fait que les Africains pensent que les Cubains jouent toute la musique à l'envers, ça les énervent ! Ce genre de traitement montre combien en musique une idée peut être multiple et réinventée en permanence.

Encore un mot ?


Oui, Bonjour à ma maman !

Interview et photos Nicolas Ancelot

Merci à Laurent de Wilde et à Isabelle Rodier (IS-Music)

 

Les musiciens de Stories :

Laurent de Wilde (Rhodes)
Stéphane Huchard, Julien Charlet, Laurent Robin (batterie)
Jules Bikoko, Remi Vignolo (basse)
Flavio Boltro (trompette)
Gaël Horellou (sax alto & baryton)
Julien Chirol (trombone)
Orlando Maraca Valle (flûte)
Malia (voix).

Liste du matériel utilisé pour cet album :

Ordinateur
Macintosh G4, OS 9 avec Digital Performer
Plug-ins
Native Instruments Absynth
Plug-ins Digital Perfomer
Propellerhead Reason
INA GRM Tools
Claviers
Fender Rhodes Seventy-Three
Yamaha DX7
Roland Juno-6
Expandeurs
Waldorf MicroWave XT
Korg M1R
Sampleurs
EMU ESI 4000
Roland GrooveBox SP-808
Table de mixage
Mackie 24 pistes VLZ Pro SR24
Préampli micro
LA Audio MLX2
Compresseur-Limiteur-Gate
DBX 166 XL
Effets
Yamaha SPX90
Gibson Echoplex
Micros
Shoeps – Shure SM57
Ecoutes
Genelec 1030A

Extraits musicaux :

01 Moanin'

02 French Election

03 Flavvy Flav

04 If I Could

05 Big Up

Sources audios : Warner

Laurent de Wilde a accompagné son dernier album de notes de livret, on ne peut que le remercier pour cette initiative. En effet, il est rare de voir un artiste dévoiler ses inspirations.

Notes de livret

FRENCH ELECTIONS 5'05 (Laurent de Wilde / DJ Ben)
Dans une démocratie occidentale, il est interdit au pouvoir d'exercer directement la peur sur son peuple. On s'en réjouit. Mais cette même peur demeure un aiguillon d'une première efficacité pour, disons, orienter les gens vers des opinions qui ont été choisies pour eux. Il suffit alors d'instiller la peur de l'Autre, et de se présenter comme son dernier rempart. L'Autre doit être nocif, puissant et ignoble. Son poids tyrannique doit être entretenu et senti tous les jours. Ce système de gestion politique qui s'est imposé maintenant un peu partout a donné lieu ces derniers temps à des événements d'une gravité surprenante, dont on devine qu'ils ne sont que les prémices de plus importants dérèglements.
Au moment où je ruminais ces noires pensées, ma ventilation s'est mise en marche créant une petite baisse de tension, et l'ampli de mon Rhodes s'est mis à capter une radio internationale commentant les élections présidentielles en France. C'était entre les deux tours, et c'est devenu ce morceau.

FLAVVY FLAV 5'12 (Laurent de Wilde) feat. Flavio Boltro
J'ai toujours aimé le terme américain de ' savvy ', débonnaire dérive du français ' savoir-faire '. Quelqu'un qui a du savvy connaît toutes les ficelles, voit tout, entend tout, et excelle à s'adapter aux situations les plus élevées comme les plus prosaïques. C'est également pour moi une description parfaite de Flavio et de son jeu de trompette, mis plus d'une fois à rude épreuve sur les scènes où l'orchestre s'est produit et s'en tirant chaque fois avec une inventivité aussi élégante qu'inépuisable. Je propose donc ce néologisme : si un trompettiste a du flavvy, c'est qu'il exprime un peu de cela dans son jeu.

MOANIN' 6'52 (Charles Mingus)
A une balance précédant un concert, Jules décida un soir de tester le son de sa contrebasse avec cette ligne inoxydable de Mingus. A l'entendre jouer, le déclic s'est produit sur le champ : il faut faire une reprise de ce morceau génial. Ce que j'aime le plus dans ce titre original de Blues and Roots, c'est sans doute la poussée constante de l'orchestre, illuminé jusqu'au chaos par sa ligne phare ; c'est pourquoi un tempo de house, légèrement supérieur à l'original, me semblait parfaitement adapté à l'occasion. Les drums de Stéph, Julien et Robin ont fait le reste. Ce morceau a connu bien des détours dans sa ré-orchestration, mais une chose reste sûre : Mingus est un immense compositeur et son œuvre ne demande qu'à être jouée.

IF I COULD 5'14 (Laurent de Wilde / Smadj- Malia) feat. Malia
La première fois que j'aie eu l'occasion d'entendre chanter Malia, je ne mis que quelques secondes à devenir son fervent admirateur. Tout était si simple, son talent s'exprimait avec tant de tranquillité, de naturel... J'étais ravi qu'elle accepte de participer à ce disque et que je puisse composer une chanson pour elle. Enregistrées en un après-midi, ses paroles disent l'amour et les regrets, des choses vieilles comme le monde, si vieilles que c'est un miracle d'en entendre encore la vérité : voilà ce que j'aime quand chante Malia.

BIG UP 5'23 (Laurent de Wilde / DJ Ben) feat. Orlando Maraca Valle
C'est en Jamaïque que j'aie entendu cette expression pour la première fois. Quand on est big up, ça veut dire qu'on a réussi, qu'on est devenu un gros tout en haut de l'échelle. Ca m'a toujours fait penser à un ballon gonflé lentement à la réussite et la satisfaction, jusqu'à l'opulente béatitude. Tout gros, tout en haut. Cet idéal de vie optimiste et ascensionnel a servi de point de départ à l'écriture de ce morceau. Instruits de cette histoire, Gaël, Maraca et Robin ont posé sur ces bases des solos bouillonnants qui m'ébahissent à chaque écoute.

SNIPPETS 4'29 (Laurent de Wilde / Smadj)
Des snippets, en anglais, ce sont des petits bouts de rien du tout, des machins, des bribes. De l'or quand c'est du son. Un coin de corde, un clou de trompette, un mouchoir de caisse-claire, tout ça fait le matériau de base des chiffonniers du son. Gaël, dont le sax incisif sert de mélodie, est un grand chasseur de snippets, et c'est de lui que j'ai appris la valeur de ces petites échardes que l'on patine durant des heures jusqu'à ce qu'elles obtiennent le contour désiré. Tout se débite, se tronçonne, s'extrait, s'importe, s'assemble, se lisse. A la tronçonneuse, à la colle, au scalpel. La snippette, rescapée miraculeuse de cette opération, objet de tous les soins, aimée au microscope, vient alors s'incruster à la place qu'on lui a choisie avec obstination délivrer son message anachronique.

MOVE ON 6'07 (Laurent de Wilde / Akimov)
Quand on perd quelqu'un de proche, ou qu'on subit un malheur irréversible, il arrive souvent qu'on reste en état de choc, hors du temps. La vie s'écoule autour, mais au fond de soi on s'est arrêté. Cela peut durer quelques jours ou toute une vie, mais le plus dur, c'est de revenir au temps de tout le monde, celui qui a un présent, un passé et un avenir. C'est comme de perdre le tempo, on joue faux, à côté, il faut reprendre l'orchestre en route, mais des mesures ont passé, le fil est perdu, tout le monde est loin… Se remettre à l'unisson, oui, voilà ce qui est difficile.

ALL DUES 6'12 (Laurent de Wilde / Smadj)
Le jazz des années soixante constitue une source constante d'inspiration pour la musique électronique d'aujourd'hui. Certains de ces joyaux ont tourné en boucle sur ma platine, et c'est à eux que je voulais rendre hommage avec ce jeu de mots douteux. Le trombone, héros discret de cette période, me semblait leur meilleur porte-parole (Julien Chirol !). Véritable violoncelle des cuivres, j'ai toujours adoré sa profondeur, son épaisseur de son. Dans un trombone, on peut entendre : un torrent, un camion, un discours, un sac de sable, tout un coin de rue, mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est son calme, son calme impérial et apaisant. C'est pour ça que je l'ai mis en dernier.

Laurent de Wilde

La Tournée 2003 :


07/03 Sannois, 28/03 Strasbourg, 01/04 Paris, 03/04 Montpellier, 04/04 Annemasse, 05/04 Larnod/Besançon, 24/04 Marseille, 25/04 Arles, 26/04 Toulon, 16/05 Moulin, 22/05 Nantes, 23/05 Angers, 24/05 Chateaulin, 24/07 Nice Jazz Festival, 02/08 Avignon.

Voici des photographies réalisées lors du concert du Mardi 1 avril 2003 au café de la danse (Paris).

Les musiciens présents lors de son concert :
Laurent de Wilde : Rhodes, sampleur et effets
Dj Ben : Platines et sampleur
Stéphane Huchard : Batterie
Jules Bikolo : Basse
Gaël Horellou : Saxophone soprano, alto & baryton
Flavio Boltro : Trompette

Cliquez sur une photo pour l'agrandir.


L2W, Dj Ben et Gaël Horellou

L2W et Gaël Horellou

Gaël Horellou, Jules Bikolo et Stéphane Huchard

L2W et Flavio Boltro

L2W avec le contrôleur D-Beam de la SP-808

L2W et Dj Ben : le grand bleu

L2W et Dj Ben

L2W et Dj Ben

Dj Ben avec ses platines

Le set de Dj Ben

Le set de L2W

Vue d'ensemble