Dat Politics

C'est un fait. Les ordinateurs ont révolutionné le monde musical. Il était donc prévisible qu'une génération ' laptop ' émerge et remplace les instruments par une batterie d'ordinateurs. C'est le cas de Dat Politics, un trio lillois placé sous le signe de l'electro chaotique ascendant jeux vidéo. Un charivari sonore délicieux, qui rendra nostalgiques les amoureux des musiques soundchip. Rapide échange après leur réjouissant live à la Fondation Cartier / Paris...

Quels sont vos prénoms ?

Gaetan, Claude et Vincent.

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment tout a débuté ?

On s'est rencontré dans une petite ville de l'est de la France au lycée. On a commencé à faire de la musique ensemble dans les années 90. On écoutait beaucoup de rock, de noise, de l'expérimental mais aussi des choses plus abstraites, comme des trucs venus du japon. On a créé Dat Politics en… 98.

Pourquoi avoir choisi ' Chicks on Speed records ' le label des Chicks on Speed pour signer 'Plugs Plus', votre dernier album ?

On était en contact avec elles, les Chicks on Speed, pour d'autres raisons. Quand elles ont su qu'on était Dat Politics, elles nous on dit qu'elles connaissaient nos albums depuis longtemps et qu'elles aimeraient bien faire quelque chose avec nous. A ce moment là, on était en train d'enregistrer le nouvel album, alors ont leur a proposé. Comme elles étaient très enthousiastes, ça c'est fait tout simplement.

Quand vous composez, avez vous un rôle bien défini ou tout le monde met-il son grain de sel partout ?

On fait tous plus ou moins la même chose car on travaille avec le même logiciel. On compose donc chacun chez soi et on se rencontre tout les jours, quand on a du temps, pour échanger nos points de vue. On a bien notre petite spécialité, certains se sentent plus à l'aise avec les mélodies, les noises… mais on laisse libre cours a l'imagination de chacun.

Sur scène, vous vous produisez avec trois ordinateurs. Quels logiciels utilisez vous?

Pour les PC on a un logiciel qui s'appelle Soundclub , c'est un tout petit logiciel allemand, qui à l'origine était conçu pour faire des musiques de jeux vidéo.

C'est un tracker ?

Plus ou moins, c'est une sorte de sampler multiple, sur lequel tu peux jouer sur le pitch, le volume de chaque son, et sur lequel tu peux également retravailler la stéréo. Il est assez simple d'utilisation.

Vous avez le même logiciel sur les 3 ordinateurs ?

Sous Mac on utilise Player Pro . C'est un autre logiciel, mais il fonctionne de la même façon. Une sorte d'éditeur avec des patterns, sur lequel tu peux rejouer des effets.

Entre Mac et PC… votre cœur balance ?

On a tous commencé avec des PC vraiment ' cheap ', et petit à petit, on a voulu découvrir l'environnement Mac. Pour nous, il n'y a pas trop de différences, tu trouves de bons logiciels sur les deux. Les logiciels qu'on utilise pour le live et le studio sont assez simples et on les connaît très bien car on s'en sert depuis longtemps. On utilise quelques trucs en plus comme un logiciel qui s'appelle Mousing (une émulation basique du theremin à la souris ndlr) pour faire des ondes, des variations etc., mais nos principaux softs restent Player Pro et Soundclub.

Même pour l'enregistrement de l'album ?

Oui.

Lors de votre live, je vous ai vus jouer avec des baguettes de batterie qui produisaient des sons quand vous frappiez dans le vide. ça rajoute énormément de vie au live, j'imagine que c'est un jouet ?

ça c'est un secret (rires), c'est introuvable et on l'a modifié pour le brancher sur une table de mixage. On l'utilisait en studio depuis quelques temps et on a décidé de l'emmener en live.

Je vous ai vus également secouer frénétiquement un petit appareil, c'était un sampler ?

Oui, un SU10 de Yamaha.

Votre set live se compose principalement d'ordinateurs. Avez-vous subi des plantages en pleine prestation ?

ça nous arrive presque a chaque fois (rires) même ci ce soir ce n'était pas le cas. Hier, on a eu un problème par exemple. Même si on s'y attend, on est toujours surpris. Mais bon ça rajoute du danger au live !

Les ordinateurs sont-ils synchronisés ?

Pas du tout, il n'y a pas de synchro MIDI ; on fait tout à l'oreille. C'est donc extrêmement souple et ça laisse une grande liberté.

En ce qui concerne vos matières premières, quelles sont vos inspirations ?

On enregistre un peu tout ce qu'on trouve sympa, mais on utilise surtout la banque de sons des logiciels qu'on utilise. On les aime particulièrement car ils sont très connotés ' jeux vidéo '.
C'est donc un mélange entre des sons acoustiques enregistrés puis retraités, et des sons de synthèse ultrasimples.

Vous laissez une grande part d'improvisation dans votre live. Chaque prestation est donc unique. J'imagine que l'album aussi sera un peu différent, même si on devrait retrouver les mêmes thèmes ?

Oui, on essaye de rejouer les morceaux comme on les a créés au début ; mais c'est évident qu'on ne peut pas faire exactement la même chose en live, niveau traitement etc.

Et puis en studio, on rajoute pas mal de post-production. Les morceaux live sont différents, plus longs, on s'amuse avec.

Qu'écoutez-vous en ce moment ?

En ce moment, on est en tournée, donc on écoute beaucoup de démos qu'on nous donne. On n'a pas acheté de disques depuis très longtemps, car le temps nous manque pour faire les magasins, c'est un peu dommage. Mais des personnes nous donnent des maquettes parfois très étranges, on fait beaucoup de découvertes.

Vous aimez un label en particulier ?

On suit l'activité de Mego , et de Chicks on Speed records qui sont dans le même trip que nous.

Vous venez de sortir ' Plugs Plus ', quels sont vos prochains projets ?

Après les tournées, on pense ressortir quelques chose sur Chicks on Speed records , sûrement un maxi, enfin quelque chose de plus court. On se concentre surtout sur la prochaine sortie de notre label Skipp. On va éditer un album de Felix Kubin très prochainement, en juin ou en juillet. C'est un album très particulier, car ce sont ses premiers travaux, quand il avait 15 ans ; un projet qui nous tient vraiment à cœur.

Quand avez-vous crée votre label ?

A peu près en même temps que Dat Politics. Jusqu'ici on a eu 4 sorties. C'est plus un hobby, parce que pour l'instant on privilégie le groupe, mais on essaye de sortir des choses régulièrement.

A propos de la création et la gestion d'un label, avez-vous rencontré des difficultés ?

(rires) L'argent ! On édite à peu d'exemplaires, donc peu d'argent rentre a chaque fois. Par contre, pour la distribution et la diffusion on n'a pas vraiment rencontré de problèmes, car on est maintenant dans une sorte de circuit qu'on connaît bien. On a des relations un petit peu partout, nos albums sont distribués internationalement. C'est le manque d'argent qui nous oblige à attendre un peu avant chaque sortie.

Vous êtes vos seuls gestionnaires ou d'autres personnes travaillent avec vous ?

On fait ça tous les trois. Ca concerne également le design des pochettes, le site web, etc.

Vous arrivez à en vivre ?

Oui ! Depuis l'année dernière seulement.

Dat Politics : http://www.ski-pp.com/datpol.html

Propos recueillis par Cyril Colom