IRCAM : Résonances 2003
La deuxième édition des Résonances, les rencontres internationales des technologies pour la musique, s'est terminée après 10 jours de débats, conférences et ateliers. Comme l'année dernière, l'organisation fut particulièrement réussie, et les thématiques abordées passionnantes. L'Ircam à su une nouvelle fois focaliser l'attention des puristes comme des amateurs. Retour sur un évènement palpitant.
Les Résonances sont pour l'Ircam l'occasion de présenter au grand public comme aux professionnels et industriels de la musique, l'état de ses recherches, tout en favorisant le dialogue, et ceci sous le prisme d'une thématique différente chaque année. Cette édition 2003 étant focalisée sur « Les outils pour l'analyse musicale » et « les technologie pour les spectacle vivants». Tout un programme.
Ce qui fascine lors des Résonances, c'est de voir à quel point ce « dialogue » fonctionne. On pourrait croire le grand public complètement indifférent aux travaux de recherches pointus de L'Ircam, et vice versa. Mais il n'en est rien, il suffit de voir la foule lors du week end grand public pour s'en convaincre. D'ailleurs je tiens à saluer l'énorme travail de vulgarisation que L'Ircam a fourni. Que ce soit les projections de vidéos pédagogiques, les différents stages et ateliers, ou la visite des locaux, c'est ce qu'on appelle jouer la transparence et tendre la main vers un public curieux mais peut être frileux. Plus personne ne pourra accuser l'Ircam de rester hermétique.
Alors bien entendu le décalage entre grand public et chercheur se fait parfois sentir, notamment lors de certaines conférences/démonstrations, où j'ai observé quelques haussements de sourcils dubitatifs devant la prestation d'intervenants passionnés qui oublient parfois que tout le monde n'a pas donné son âme à Max/MSP ou Pure Data. D'ailleurs pour l'anecdote, lors d'une conférence dédiée à Max, quelqu'un s'est levé et a timidement demandé « C'est très intéressant mais… de quoi on parle là ? ».
C'est ça les Résonances, un bouillonnement de technologies, des thématiques très en avance sur leur temps, et le visiteur qui, s'il veut tout suivre et tout assimiler, doit s'astreindre à une grande rigueur. Car même si cette année la programmation était moins chaotique que l'année dernière, pour ne rien rater mieux valait se lever tôt et préparer un solide planning.
Certaines conférences furent l'occasion de rencontrer plusieurs personnalités importantes du milieu musical, parfois même virtuellement comme avec Miller Puckette, inventeur de Max et Pure Data, dont l'intervention fut retransmise en direct de l'université de San diego… du moins 3 minutes avant que le système ne plante ! Lâché par la technologie au dernier moment, cruelle ironie :) David Zicarelli (développeur et directeur de Cycling'74), et Norbert Schnell (responsable de l'équipe applications temps réel de l'Ircam) durent meubler, assez difficilement d'ailleur.
Ce fut également l'occasion d'entendre Stephan Schmitt, fondateur et directeur technique de Native Instruments, qui fit une spectaculaire démonstration des possibilités de Reaktor et prouva que malgré son orientation plus « grand public » que Max et consort (tout est relatif !), son interface reste quand même bigrement plus sexy . Cette notion d'interface est à mon sens très importante, car ces logiciels sont censés faciliter la vie des artistes de tout bord, artistes qui ne sont pas forcément programmeurs. Nous verrons un peu plus loin comment utiliser ces outils tout en gardant une philosophie « plug & play ».
Après l'effort et la théorie, place au réconfort et à la pratique ! De multiples concerts et installations artistiques laissaient une bonne place à l'introspection et surtout permettaient de comprendre comment rendre un spectacle vraiment vivant. Ce fut notamment le cas avec un concert d'Emilie Simon, qui arriva sur scène avec un brassard bardé de deux joysticks lui permettant de rajouter des effets sur sa voie. Quant à Cyril Brissot, l'un de ses musiciens, qui au passage travaille à l'Ircam, il disposait d'un cadre ancien, vide, mais traversé de rayon infrarouge de sorte quand y insérant sa main, il pouvait intervenir sur le son. De parfaits exemples d'outils à la fois visuel et pratique, mais les Résonances furent l'occasion d'en voir beaucoup d'autres, et c'est ce que nous allons étudier maintenant…
Galerie des technologies dans le spectacle vivant
Lors du week end grand public, et sur les espaces de démonstration installés au coeur de l'Ircam, industriels de la musique et artistes se sont relayés toutes les 30 minutes pour présenter sous forme de performances, des exemples de technologies électroniques disponibles sur le marché pour le spectacle vivant. Ces technologies sont pour certaines encore en cours de développement ou conçus pour des besoins artistiques spécifiques.
Art sensitif
Jean-Noel Montagné, Francis Bras
et Sandrine Chiri présentaient
une valise pédagogique
« Interaction temps réel »
aussi bien dédiée à l'enseignement
primaire qu'à l'enseignement
secondaire, aux universités, aux écoles
d'art, aux centres d'art et aux lieux
dédiés au spectacle vivant. Cette
dernière est composée d'une
panoplie de matériels de capture d'informations,
de traitement de données, de documentation,
de matériels actionneurs, tous liés
autour du protocole MIDI, permettant d'évaluer
les grandes techniques d'interactivité
temps réel dans le domaine artistique.
Plus concrètement cette valise comprend des interface MIDI/USB, analogique/MIDI, des capteurs de distances, de pression, de température, de présence, de niveau sonore, de luminosité, de mouvement, de flexion, de choc, d'inclinaison… accompagnés d'un disque bootable Linux pour PC qui peut se lancer directement dans devoir installer le système, et bien entendu avec une batterie de logiciels permettant d'exploiter directement les interfaces. Lors de cette présentation nous avons pu apprécier les différents capteurs en action, et la simplicité avec laquelle le système se met en place : il suffit de brancher le capteur, de lancer le patch associé et ça marche. Les patchs sont réalisés sous Pure Data, l'utilisateur à donc le choix entre utiliser ceux fournis, ou créer les siens.
Pour l'instant cette valise est encore à l'état de prototype, ce qui explique l'aspect un peu « roots » du contenu
Ce projet est une collaboration
entre l'association Art Sensitif
et la société Interface-Z,
dont voici les sites internet respectif :
http://www.artsens.org/jnm.html
http://www.interface-z.com
Kyma
Anthony Hequet est un poète, compositeur et chanteur. Son travail associe l'emploi
de techniques vocales à une recherche sur le contrôle en temps réel du traitement
de signal appliqué à la voix. Concrètement, sur scène cela se matérialise par
un casque composé de deux micros qui viennent s'ajuster vers les commissures des lèvres.
Sur chaque branche du casque se trouve deux connecteurs qu'il suffit de toucher pour déclencher
une action associée (comme un effet, ou bien tout simplement la lecture d'une boucle).
Le cœur du système est une station de création numérique Kyma
(symbolic Sound), qui lui permet de rajouter des effets et de sculpter le son sans passer par une
interface imposante qui pourrait diminuer sa prestation.
La technique reste avant tout un outil, et la performance n'en est que plus naturelle.
Un excellent moment qui sera malheureusement écourté par ces satanés 30 minutes.
Site internet
: http://www.antonyhequet.com
Contact : anton.anton@wanadoo.fr
Isadora
Le compositeur et artiste média Mark Coniglio présentait son logiciel
Isadora, un environnement de programmation graphique pour Mac (et bientôt Pc) très simple
d'utilisation qui offre le contrôle interactif de sources sonores et vidéos
par l'entremise de multiples capteurs (comparables à ceux de la valise pédagogique
vu plus haut). Pour cette démonstration, ces derniers étaient disposés sur
une danseuse, qui par se mouvements, influait sur plusieurs paramètres. Un logiciel fascinant
qui permet de mettre une idée en pratique très rapidement
Site Internetisadora
EyesWeb, dispositif de captation du geste
Imaginez un artiste immobile sur une scène, ce dernier esquisse un geste dans le vide, un son se déclenche.
Puis il fait la même chose à un autre endroit, un nouveau son se déclenche. Autour
de lui un instrument virtuel, invisible, mais bien présent. Ce système c'est
EyesWeb, qui par l'entremise de deux caméras vidéo placées
à deux endroits stratégiques (au plafond et sur un mur) traquent et analysent les
mouvements de l'artiste, et déclenche les sons associés à certaines zones
dans l'espace. Le système gère la reconnaissance de forme, de sorte qu'une
main ouverte, ou un poing ne déclenchera pas le même son.
Le logiciel EyesWeb a été développé par Antonio Camurri à l'université de Gênes, et à été utilisé pour le spectacle de Roland Auzet, Schlag! Présenté lors du festival Agora 2003
Ici c'est Emmanuel Fléty, Ingénieur électronicien à l'Ircam qui en fait la démonstration.
Site Internet : http://www.eyesweb.org
Eboman et son dispositif de scratch audio et video sur palette graphique
Dans
la série « je détourne un
outil de dessin pour en faire une platine de scratch
», j'ai nommé Eboman
(Jeroen Hofs), qui n'a pas trouvé
mieux que d'utiliser une tablette graphique
wacom comme platine virtuelle. Pour cette démonstration
il était accompagné d'un acolyte,
chacun armé d'une tablette graphique,
et tandis ce que l'un scratchait sur le
son, l'autre faisait de même avec
la vidéo. Une prestation assez bordélique
mais plutôt jouissive, finalement très
proche de celles des « turntablist »
hip-hop, mais au stylo ! A noter, les applications
utilisées pour réaliser ce système
sont Max/MSP et Jitter,
qui fut d'ailleurs présenté
dans cette même salle par Jeremy
Bernstein, qui à cosigner Jitter
avec Cycling '74.
Site Internet : http://www.samplemadness.nl/
Playground.app
Cette dernière installation transformait la salle de démonstration en synthétiseur, et les gens qui parlent et la traverse en musiciens, grâce à une caméra les filmant à leur insu. En faisant intervenir la reconnaissance de forme, le logiciel assigne à chaque personne une fonction d'un modèle de synthèse et d'un échantillon.
Le système VNS (Very Nervous System) développé par David Rockeby au Canada est un des systèmes de captation du geste les plus performant pour l'interaction musicale. Il a été utilisé par Jacques Remus pour l'installation « le carillon concertomatique » durant les Résonances 2002. Georges Isakidis, compositeur et membre du Forum présenta une application de ce système pour le contrôle de l'image et du son.
Installations
En parallèle de ses démonstrations, et un peu partout dans l'Ircam se trouvaient des installations artistiques qui prouvaient que technologie peut rimer avec poésie.
<>DROPPER 01Dispositif Orchestral pour 8 percussions et gouttes d'eau>
Dropper 01 est une installation fantastique qui fait intervenir des gouttes d'eau comme « percuteurs » pour faire résonner divers instruments (cymbale, planchette de bois, élastique, lithophone, pots de terre…). Le tout est amplifié puis diffusé par 4 enceintes disposées en hauteur, le visiteur peut évoluer librement au milieu des instruments disposés en cercle. Au plafond, 24 systèmes électromécaniques distillent les gouttes à travers de longs tuyaux de perfusion dirigés sur les instruments, et au rythme d'une partition MIDI classique. Car rien n'est laissé au hasard, Dropper est un instrument à part entière, et Arno Fabre aspire d'ailleurs à la création d'une œuvre qui lui sera dédié.
Le contraste entre haut et bas est saisissant, la simplicité induite par les instruments, leur position, le son ainsi que l'éclairage, contraste avec l'incroyable enchevêtrement de tuyaux et la complexité du système de distribution d'eau. Une œuvre fascinante.
Fiche technique :
L'installation est contrôlée
par Ordinateur avec Max.
Conception et Réalisation : Arno Fabre
Composition : Olivier Bruggeman, Siegfried Canto,
Arno Fabre, Sabine Petit
Programmation : Siegfred Canto
Electronique : Francis Bras (Interface-Z)
Prototype goutteur : Jean Noel Montagné (ArtSens)
Production : Le Fresnoy Studio national des arts contemporains
@ arno fabre 2003 – Le Fresnoy
Dans une pièce sombre et insonorisée, Yann Rocher et Emmanuel
Rio nous invite à découvrir l'univers onirique de Wagner
par l'entremise d'une série de 32 têtes à son effigie surplombant
de petits haut-parleurs, eux même situé à l'extrémité de tiges
verticales. Le visiteur se promène dans cette matrice de sources sonores parfaitement
symétriques pour y écouter une succession de récit à la première personne
d'une multitude de rêves que Wagner se plaisait à raconter à son épouse
au réveil. Ces évocations sont accompagnées de sons d'alto, de synthèse et de
voix transformée. Ces rêves sont issus du journal de Cosima qui
retrace la vie quotidienne de Richard Wagner et qui n'en comprend pas
moins de 421. 84 d'entre eux ont été sélectionnés pour cette œuvre.
Ce projet à été réalisé sur Pure Data, un ordinateur fournit 17 canaux sonores indépendants relayés par une interface audio multipiste, amplifiés et distribués sur les 32 haut-parleurs de l'installation. L'une de ces pistes audio alimente à elle seule une trame de 16 haut-parleurs, elle sert de support à la voix parlée, qui peut ainsi être entendue de manière uniforme sur l'ensemble du dispositif. Chacune des 16 autres pistes audio est assignées de manière unique à l'un des 16 haut-parleurs restants, ce qui permet au cours de l'évocation des rêves, de choisir librement la position et le mouvement des différentes sources sonores. Le contrôle des lumières est réalisé au moyen de voies Midi disponibles sur le séquenceur, et reparti dans l'espace selon un schéma équivalent à celui du son, permettant aux deux modalités, sonore et visuelle, d'interagir avec lisibilité.
Contact : yann.rocher@libertysurf.fr
<>TOPOLOGIES DE L'INSTANT N°7>Dans une pièce sombre, et par l'entremise d'un joypad, les visiteurs sont invités à découvrir un monde virtuel habité par quelques danseuses. Des paysages tour à tour désertiques, urbains, apocalyptiques, baignent dans une atmosphère sonore très minimale, ici le bruit du vent, là une mélopée hypnotique tout droit sortie d'un carrousel d'images. Un voyage très introspectif, à la recherche du mouvement.
Conception et contact : Nicole Corsino, Norbert Corsino -
nncorsino@wanadoo.fr
Création sonore : Jacques Diennet
Scénographie 3D : Patrick Zanoli
Développement : Samuel Toulouse
Infographie : Cyrille Cramesnil de Laleu
Production : Danse 34.Production / CICV Pierre Schaeffer
Khorwa est une installation sonore fondée sur la création
d'une société d' « êtres musicaux » en utilisant un modèle
de vie artificielle. Chaque personnage est représenté sur un grand écran
par un rectangle qui contient toute ses informations (nom, temps de vie maximal, sexe etc…).
Chaque individu possède un cycle de vie, avec une naissance, une période de reproduction
et une mort. Pendant son existence, sa tâche principale consiste en la répétition,
à intervalles irréguliers, d'une action musicale précise. A noter que le
visiteur peut y mettre son grain de sel par l'entremise d'un micro, qui permettra de « dialoguer
» avec ces étranges entités.
Un œuvre complexe crée par Mikhail Malt (assistant musical, département pédagogie de l'Ircam), qui s'apprécie d'autant plus avec une bonne explication. Réalisée sur Max/MSP
<>PERCUSSION VIRTUELLE>Cette installation se rapproche de la technologie EyesWeb évoqué plus haut. L'utilisateur fait face à une caméra et se voit sur un moniteur. Ses mouvements dans l'espace déclenches différents sons en fonction de plusieurs paramètres (vitesse et ampleur des mouvements). Aux commandes on retrouve encore une fois le sempiternel Max, ainsi que le logiciel softVNS.
Une installation de Laurent Pottier
<>STANDS>Parmi les stands présents ces 10 jours on retiendra celui d'Arturia où l'on pouvait voir et surtout entendre le tout nouveau CS-80V
| Vous aurez peut être reconnu Gilles Pommereil d'arturia (dans le fond), et à genoux devant le CS-80V, zgogor, un fidèle participants aux forums Musicrun. | ||
Etaient également présent : les cahiers de l'ACME, la société eoWave, et France Telecom R&D qui présentait un logiciel de création et de rendu de scènes sonores virtuelles basé sur « Spat » et Virtools.
http://www.ircam.fr
http://resonances2003.ircam.fr



